Après cent jours de contrôles dans les mines, l’Autorité de régulation de la sous-traitance s’attaque au financement des entreprises congolaises. Le mécanisme Vunga, doté de 100 millions de dollars en première phase, doit préfinancer les fournitures et les salaires des sous-traitants avant que leurs clients ne les paient.
Le directeur général de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Ted Beleshayi, a présenté le 1er octobre 2026 à Kinshasa le bilan de ses cent premiers jours. Il a placé le fonds de roulement des entreprises congolaises au premier rang de la phase suivante. Un sous-traitant minier doit acheter ses fournitures et payer son personnel des semaines avant d’être réglé. Sans crédit, une entreprise à capitaux congolais peut obtenir un marché sans pouvoir l’exécuter. L’ARSP indique avoir engagé des discussions avec les banques et le Fonds de promotion de l’industrie (FPI), et cite le projet Vunga II de Rawbank.
Ce projet prolonge le mécanisme Vunga, signé le 17 août 2026 en présence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka par l’ARSP, le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (FOGEC), Rawbank et l’assureur Rawsur. L’enveloppe globale est de 200 millions de dollars, avec une première phase de 100 millions sur deux ans, selon l’Agence congolaise de presse. Les lignes de crédit vont de 10 000 à 1 million de dollars et financent des bons de commande ou des factures déjà confirmées. L’ARSP certifie la conformité des sous-traitants, le FOGEC garantit une partie du risque et Rawbank prête.
Des marchés libérés par les injonctions minières
La question du financement découle des contrôles. Dans trois filiales d’Eurasian Resources Group (ERG), l’ARSP a recensé 128 inscriptions de sous-traitants non éligibles, dont 77 chez Frontier, 28 chez Boss Mining et 23 chez Metalkol. Trois sociétés du groupe Ivanhoe font l’objet d’injonctions portant sur 140 inscriptions. Chez Sicomines, six prestataires visés concentrent 80 % du chiffre d’affaires de la sous-traitance, selon le bilan présenté par le régulateur. Ivanhoe estime que sa mine de Kipushi respecte la réglementation, selon Reuters.
Ces chiffres mesurent les corrections exigées par l’ARSP. Le volume des marchés réellement réattribués à des entreprises congolaises sera l’indicateur décisif. En 2025, 600 millions de dollars sur les 3,7 milliards de contrats déclarés par 167 grandes entreprises sont allés à des sociétés non majoritairement congolaises, selon le directeur général. Une partie de ces contrats concerne des prestations coûteuses que seules des entreprises bien financées peuvent exécuter.
En interne, l’ARSP a numérisé l’enregistrement des sous-traitants, commencé à déployer la télédéclaration, audité ses engagements financiers et rédigé des fiches de poste pour ses agents. Ses inspecteurs reçoivent une formation pour mieux repérer les irrégularités et suivre les mesures correctives. Le régulateur a rencontré la Fédération des entreprises du Congo (FEC) le 11 septembre, puis l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) le 22 septembre pour coordonner l’application de la loi sur le contenu local, qui entre en vigueur le 1er janvier 2027.
Le patronat reste prudent. Le président de la FEC, Robert Malumba Kalombo, a mis en garde contre une application trop centrée sur les inspections et les sanctions, selon Reuters. Les premiers décaissements de Vunga et le nombre de sous-traitants financés montreront si le crédit suit les évictions.
M. MASAMUNA









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