À New York, la Première ministre Judith Suminwa a demandé que les 2,9 milliards de dollars mobilisés pour la riposte contre Ebola se traduisent en décaissements réels et traçables, alors que la RDC réclame encore 1,4 milliard de dollars pour couvrir ses besoins.
Réunis le 23 septembre 2026 à New York à l’initiative des États-Unis, les ministres et partenaires du G20+ ont porté à environ 2,9 milliards de dollars le montant cumulé des engagements financiers pour la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo, en Ouganda et dans la région, selon Africa CDC. Devant cette assemblée, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a insisté sur l’étape suivante, celle du décaissement effectif. « Que cette réunion transforme les engagements en décaissements », a-t-elle demandé, appelant à ce que chaque dollar mobilisé soit suivi jusqu’aux services rendus aux populations.
Un décalage documenté entre annonces et décaissements
Cette insistance s’appuie sur un constat déjà posé publiquement. Fin août, les présidents de la RDC, de la Centrafrique, du Burundi et de l’Ouganda avaient signé, avec le directeur général d’Africa CDC, une lettre ouverte relevant que sur 1,2 milliard de dollars promis par les bailleurs, seuls 816 millions avaient été effectivement décaissés, soit environ 68 % des montants annoncés selon un calcul de notre rédaction. Un mois plus tôt, un bulletin de suivi de la riposte évaluait ce taux de décaissement à seulement 13 % d’un financement alors estimé à 1,5 milliard de dollars. C’est ce même écart entre annonce et exécution que la Première ministre a remis au centre des discussions à New York, en réclamant un mécanisme de suivi financier associant Africa CDC, l’Organisation mondiale de la santé et le gouvernement congolais.
Sur les 2,9 milliards désormais mobilisés au niveau international, la RDC a apporté sa propre contribution. Judith Suminwa a rappelé que l’État congolais a débloqué 50 millions de dollars sur fonds propres, dont trois millions consacrés à la recherche. Selon l’estimation actualisée du gouvernement, un besoin supplémentaire de plus de 1,4 milliard de dollars reste néanmoins ouvert, un montant resté quasiment inchangé depuis la réévaluation d’Africa CDC en juillet, signe que l’écart se referme lentement.
La Première ministre a par ailleurs plaidé pour une approche communautaire renforcée, associant davantage chefs coutumiers et religieux, femmes, jeunes et survivants aux décisions de terrain. « Nous ne vaincrons pas Ebola à la place des communautés, nous le vaincrons avec elles », a-t-elle affirmé.
Le contexte sanitaire justifie cette pression sur les financements. Selon le dernier bilan des autorités sanitaires congolaises, arrêté au 24 septembre, l’épidémie a atteint 7 672 cas confirmés et 3 699 décès, pour un taux de létalité de 48,2 %, avec 1 879 guérisons enregistrées et sept provinces désormais touchées. Ce bilan dépasse déjà celui de l’épidémie de 2018-2020, jusque-là la plus meurtrière jamais recensée en RDC. Si Judith Suminwa évoque une diminution des cas dans certains foyers de l’Ituri, elle a prévenu que la transmission reste active ailleurs et que le risque de propagation vers d’autres provinces et pays voisins demeure réel.
La prochaine échéance à surveiller sera la capacité d’Africa CDC et de ses partenaires à documenter, dans les semaines qui viennent, la part réellement décaissée des 2,9 milliards annoncés à New York.
H. KABAMBA









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