Près de trois mois après les restrictions imposées par l’Ouganda à la frontière de Kasindi–Lubiriha pour contenir Ebola, le petit commerce reste fortement perturbé. Poisson et tomates deviennent plus difficiles à obtenir côté congolais, tandis que des producteurs de Beni ont perdu une partie de leurs débouchés en Ouganda. Kampala a pourtant déclaré son épidémie terminée le 28 juillet 2026.
À Kasindi, dans le territoire de Beni, la crise sanitaire s’est transformée en contrainte économique prolongée. Radio Okapi rapporte que les restrictions de passage maintenues du côté ougandais continuent de limiter les déplacements des petits commerçants. Certains vendeurs de poisson utilisent désormais des passages non officiels pour s’approvisionner, tandis que des commerçants de tomates ont recours à un véhicule chargé d’acheminer leurs marchandises depuis l’Ouganda sans qu’ils aient eux-mêmes à traverser la frontière.
La mesure avait été annoncée fin mai par Kampala face à l’extension de l’épidémie de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo en RDC. Les autorités ougandaises avaient initialement évoqué une fermeture de quatre semaines pour les déplacements transfrontaliers, avec des exceptions notamment pour les opérations humanitaires, sanitaires, sécuritaires ainsi que certains transports de nourriture et de marchandises.
Début août, les restrictions affectant le petit commerce étaient pourtant toujours observées à Kasindi. Cette persistance intervient alors que le ministère ougandais de la Santé a officiellement déclaré, le 28 juillet, la fin de l’épidémie sur son territoire. L’Ouganda a recensé 20 cas confirmés, dont 15 importés et cinq infections locales, avec 18 guérisons et deux décès.
Des produits plus rares à Kasindi, des débouchés perdus à Beni
L’impact économique fonctionne dans les deux sens. À Kasindi, les commerçants interrogés signalent des difficultés d’approvisionnement pour certains produits venant d’Ouganda, notamment le poisson et la tomate. Les circuits alternatifs maintiennent une partie des échanges, mais ils ne remplacent pas le mouvement quotidien des petits opérateurs qui vivent du commerce frontalier.
Du côté des producteurs congolais, les effets étaient déjà visibles en juillet. La fermeture avait notamment réduit l’arrivée d’acheteurs ougandais sur les marchés de Beni. Radio Okapi rapportait alors que le prix de certains régimes de bananes était passé de 30 000–40 000 CDF à 15 000–20 000 CDF, soit une baisse pouvant atteindre 50 %. Les consommateurs locaux bénéficiaient de prix plus faibles, mais les producteurs perdaient un débouché commercial et une partie de leurs revenus.
La situation illustre la fonction économique particulière de Kasindi–Mpondwe. Ce poste ne sert pas uniquement aux importations formelles par camion. Il alimente aussi une économie de proximité dans laquelle vendeurs, agriculteurs et petits transporteurs passent régulièrement d’un côté à l’autre de la frontière.
Lorsque ces mouvements sont interrompus, certains produits importés peuvent devenir moins disponibles côté congolais, tandis que les marchandises destinées au marché ougandais s’accumulent et perdent de la valeur en RDC. Le recours signalé à des passages non officiels ajoute également une dimension de traçabilité, puisque les échanges quittent alors les circuits ordinaires de contrôle.
L’épidémie reste toutefois active en RDC
La fin de l’épidémie en Ouganda ne signifie pas que le risque sanitaire régional a disparu. L’Organisation mondiale de la Santé indique que l’épidémie reste active en RDC et continue de présenter un risque de propagation transfrontalière. Au début d’août, l’OMS évaluait encore le risque pour l’Ouganda comme élevé en raison des liens épidémiologiques persistants le long du corridor entre l’est de la RDC et l’ouest ougandais.
Cette donnée apporte une nuance à la demande de reprise complète du trafic. La question pour les deux pays n’est donc pas uniquement de choisir entre fermeture et ouverture, mais de déterminer si les mécanismes de contrôle sanitaire aux points d’entrée permettent de rétablir progressivement les mouvements commerciaux sans augmenter le risque de réimportation. Les deux gouvernements avaient d’ailleurs lancé en juin une réponse conjointe transfrontalière contre Ebola, alors que la circulation des personnes entre l’est congolais et l’ouest ougandais figurait parmi les principaux risques identifiés.
Pour Kasindi, le prochain indicateur économique sera désormais la réouverture effective aux petits commerçants et la normalisation des mouvements de personnes. Tant que ces passages resteront limités, la fin officielle de l’épidémie en Ouganda ne suffira pas à rétablir les circuits commerciaux qui approvisionnent les marchés et offrent des débouchés aux producteurs du Nord-Kivu.
— Peter MOYI









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