Eau et électricité : après un an, l’accès reste à 21,5 % malgré les nouveaux chantiers

Un an après son arrivée au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo met en avant la remise en service de centrales rurales, un plan de 91,89 millions USD pour Kinshasa, la relance de plusieurs projets hydroélectriques et une nouvelle politique nationale de l’eau. Mais avec seulement 21,5 % d’accès à l’électricité, l’écart entre les projets engagés et les besoins du pays reste considérable.

La Rédaction

Un an après son arrivée au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo met en avant la remise en service de centrales rurales, un plan de 91,89 millions USD pour Kinshasa, la relance de plusieurs projets hydroélectriques et une nouvelle politique nationale de l’eau. Mais avec seulement 21,5 % d’accès à l’électricité, l’écart entre les projets engagés et les besoins du pays reste considérable.

Nommé le 13 août 2025, Aimé Sakombi Molendo dresse dans une tribune publiée un an plus tard le bilan des actions engagées dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. Le document revendique une stratégie combinant interventions immédiates, réforme des opérateurs publics, recherche de financements et préparation de nouveaux projets hydroélectriques.

Le chiffre qui mesure cependant l’ampleur du travail restant est celui de l’accès. Le ministre situe le taux national d’électrification à 21,5 % en 2025, contre 9 % en 2018. Ce niveau de 21,5 % correspond également à la référence utilisée par la Banque mondiale dans le Compact énergétique de la RDC. L’objectif retenu dans Mission 300 est d’atteindre 62 % de la population en 2030, soit environ 81 à 82 millions de personnes ayant accès à l’électricité.

Dans l’immédiat, le ministère affirme avoir débloqué l’exploitation d’infrastructures rurales déjà construites. Sur 22 centrales financées par l’État à travers l’ANSER mais restées sans exploitation, 16 auraient été mises en service à titre transitoire en décembre 2025, dont deux en collaboration avec la SNEL. Le rapport annuel 2025 de l’ANSER confirme plus largement que 22 centrales sont désormais entrées dans une phase d’exploitation.

Kinshasa mobilise 91,89 millions USD, l’eau vise 330 000 m³ par jour

Pour Kinshasa, le ministère présente un plan d’urgence électrique de 91,89 millions USD exécuté avec la SNEL. Il doit financer l’extension de la desserte, la réparation des pannes en moyenne tension, la sécurisation de sites comme les hôpitaux et les aéroports ainsi que le renforcement de certaines lignes considérées comme critiques.

Dans le Grand Katanga, l’administration évalue à plus de 2 000 MW le déficit de puissance dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Ce manque d’électricité affecte directement les mines mais aussi les projets de traitement local du cuivre et du cobalt, dont plusieurs nécessitent une alimentation électrique continue et beaucoup plus importante que celle actuellement disponible.

Sur l’eau, l’un des dossiers avancés concerne l’extension de l’usine de traitement à l’ozone de Kinshasa. Selon le bilan ministériel, l’achèvement des modules 2 et 3, ajoutés au premier module, doit porter la capacité totale à 330 000 m³ par jour et améliorer la desserte de plus de six millions d’habitants dans dix communes. Les procédures de marchés pour de nouveaux systèmes d’alimentation à Kananga et Tshikapa sont également engagées.

Le changement institutionnel le plus structuré est intervenu le 26 décembre 2025 avec l’adoption par le Conseil des ministres de la Politique nationale du service public de l’eau. Le document officiel fixe comme cible un accès à l’eau potable de 90 % en milieu urbain et 70 % en milieu rural à l’horizon 2035. Il prévoit aussi l’opérationnalisation de l’Autorité de régulation du service public de l’eau et la création d’un Fonds national de l’eau alimenté notamment par le budget, les redevances, les partenaires, la finance climatique et le secteur privé.

Le projet AGREE de la Banque mondiale accompagne précisément plusieurs de ces réformes. Son mandat comprend l’extension de l’accès à l’électricité renouvelable et à l’eau potable, l’amélioration de la performance commerciale de la SNEL et de la REGIDESO ainsi que le renforcement de structures comme l’ARE, l’ANSER et l’ARSPE.

Inga III reçoit 250 millions USD, Pioka-Tombe reste au stade préparatoire

Pour les grands projets hydroélectriques, les situations sont très différentes. Inga III dispose désormais d’un premier financement identifié. En juin 2025, la Banque mondiale a approuvé 250 millions USD de crédit IDA pour la première phase d’un programme de développement d’Inga III prévu sur plusieurs étapes et pouvant atteindre 1 milliard USD. Cette première enveloppe finance surtout les conditions nécessaires au développement du projet, les communautés locales, les infrastructures et la préparation institutionnelle. Elle ne correspond donc pas au financement de construction de l’ensemble du barrage.

Le ministère mentionne également la reprise progressive du projet de Katende, avec une partie du financement prévue sur les ressources issues de l’Eurobond, ainsi que l’inauguration de Kakobola. Plus récent, Pioka-Tombe est présenté comme une autre option pour diversifier les sources de production. Le site, situé dans la région des Cataractes, affiche une capacité potentielle estimée à 6 450 MW. La RDC et la République du Congo ont signé le 26 février 2026 un protocole d’accord autour de son développement, tandis que des discussions ont été engagées avec l’italien Electroconsult pour actualiser des études techniques remontant à 1978. Le projet reste cependant au stade des études, de la structuration institutionnelle et de la recherche de financement.

Le bilan présenté par Aimé Sakombi réunit ainsi des réalisations déjà opérationnelles, des travaux en cours, des réformes institutionnelles et des projets encore préparatoires. Leur poids économique ne peut donc pas être additionné comme s’ils avaient tous atteint le même niveau d’exécution.

Pour la deuxième année du mandat, les indicateurs les plus utiles seront plus simples à mesurer. Il faudra suivre le nombre de nouveaux ménages effectivement raccordés, les heures réelles de disponibilité de l’électricité, les volumes supplémentaires d’eau distribués, la mise en service complète des centrales ANSER et la transformation des financements annoncés en capacités effectivement disponibles. Avec un accès électrique encore limité à environ un Congolais sur cinq, c’est sur ces résultats que pourra être mesurée la progression réelle du secteur.

— M. KOSI

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