Alors que les restrictions congolaises sur les exportations ont contribué à faire fortement remonter le cobalt, l’industrie des batteries continue d’investir dans des technologies qui peuvent s’en passer. LG Energy Solution prévoit que cinq de ses huit usines nord-américaines produiront des batteries de stockage d’énergie d’ici fin 2026, un marché où la chimie LFP, sans cobalt, représente déjà plus de 90 % des installations mondiales.
Le virage de LG Energy Solution constitue un signal à suivre pour la RDC. Reuters rapporte que le fabricant sud-coréen, historiquement très exposé aux batteries pour véhicules électriques utilisant notamment des chimies à base de nickel, réoriente une partie de ses capacités nord-américaines vers les systèmes de stockage d’énergie, ou ESS. Cinq de ses huit usines en Amérique du Nord devraient produire des batteries destinées à ce marché d’ici la fin de l’année.
À Lansing, dans le Michigan, LG a officiellement démarré en août une usine appelée à fabriquer à la fois des batteries pour le stockage stationnaire et pour les véhicules électriques, avec une capacité prévue supérieure à 35 GWh par an à pleine production.
Le point sensible pour le cobalt congolais se trouve dans le choix technologique. Les batteries LFP, lithium-fer-phosphate, ne contiennent ni nickel ni cobalt. Moins denses énergétiquement que certaines batteries NMC, elles sont particulièrement adaptées au stockage stationnaire, où le poids de la batterie compte moins que son coût, sa durée de vie et sa capacité à supporter des cycles répétés.
Le LFP occupe déjà plus de 90 % du stockage stationnaire
L’évolution dépasse largement LG. L’Agence internationale de l’énergie estime que le LFP a représenté plus de 90 % des installations mondiales de batteries stationnaires en 2025. Sur le marché automobile, cette chimie a également dépassé 55 % des batteries de véhicules électriques déployées dans le monde, contre près de 50 % en 2024.
Pour la RDC, le contraste est important. Kinshasa vient de démontrer qu’elle pouvait influencer le marché du cobalt en limitant l’offre. L’AIE estime que les prix du métal ont doublé sur un an, principalement après la suspension congolaise des exportations de février 2025, remplacée ensuite par des quotas. Mais la même agence souligne que l’effet du cobalt sur le coût d’une batterie est aujourd’hui moins important qu’autrefois, précisément en raison de la progression du LFP et de la réduction de la quantité de cobalt utilisée dans les nouvelles chimies à forte teneur en nickel.
Cela ne signifie pas que la demande de cobalt va disparaître. Les véhicules électriques restent la principale source de déploiement de batteries dans le monde, avec plus de 70 % du total en 2025, et les batteries contenant du cobalt conservent un avantage dans les applications nécessitant davantage de densité énergétique. Le Cobalt Institute prévoit encore une croissance de la demande mondiale à moyen terme, notamment portée par l’automobile électrique.
Le risque pour la RDC est donc plus subtil qu’un remplacement brutal du cobalt. Plus son prix augmente, plus les fabricants ont intérêt à économiser ce métal ou à privilégier des technologies qui n’en utilisent pas lorsque l’application le permet. La politique congolaise peut soutenir les cours à court terme, mais elle doit désormais composer avec une industrie capable de modifier rapidement ses choix technologiques.
Pour Kinshasa, le défi devient double. Il faut préserver la valeur du cobalt aujourd’hui tout en accélérant une industrialisation capable de produire plusieurs types de matériaux pour batteries. Une stratégie reposant uniquement sur la rareté du cobalt serait plus vulnérable dans un marché où le LFP gagne déjà du terrain bien au-delà de la Chine.
Peter MOYI









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