Eurasian Natural Resources Corporation, le Serious Fraud Office britannique, le cabinet Dechert et l’ancien avocat Neil Gerrard ont mis fin, le 2 septembre, aux procédures civiles qui les opposaient depuis plusieurs années. Le dossier renvoie directement à l’histoire minière congolaise des années 2009 à 2012. Les actifs concernés par cette période d’expansion d’ENRC n’ont pas disparu du paysage économique congolais. Plusieurs sont aujourd’hui exploités par Eurasian Resources Group, notamment Metalkol et Frontier, devenus des producteurs importants de cuivre et de cobalt.
Le règlement annoncé mercredi met un terme au contentieux civil né de l’enquête ouverte en 2013 par le Serious Fraud Office britannique contre ENRC. Le parquet spécialisé avait enquêté pendant dix ans sur des soupçons de corruption concernant notamment l’accès à des actifs miniers en République démocratique du Congo entre 2009 et 2012. ENRC a constamment contesté ces accusations. En août 2023, le SFO avait clos son enquête sans poursuites, estimant ne pas disposer de preuves admissibles suffisantes pour engager une procédure pénale.
Le volet civil a ensuite pris une direction différente. La Haute Cour de Londres a conclu que le SFO avait manqué à certaines de ses obligations dans ses relations avec Neil Gerrard, alors avocat d’ENRC chez Dechert, et que l’enquête pénale n’aurait pas été ouverte sans ces agissements. ENRC réclamait environ 166 millions USD pour différents coûts et préjudices liés à l’enquête, selon Reuters. Les parties ont finalement conclu leur litige le 2 septembre 2026.
De Camrose à Metalkol, plusieurs centaines de millions de dollars d’acquisitions
Pour la RDC, l’intérêt économique du dossier remonte à la construction rapide du portefeuille africain d’ENRC. La Haute Cour britannique retrace notamment l’acquisition de CAMEC en novembre 2009, de Congo Cobalt Corporation en juillet 2010 et surtout de 50,5 % de Camrose Resources en août 2010 pour 175 millions USD. ENRC avait parallèlement accepté de mettre à disposition de Camrose une facilité de prêt d’actionnaire pouvant atteindre 400 millions USD.
Camrose détenait indirectement plusieurs intérêts miniers congolais. Le groupe Highwind, dont elle prenait le contrôle, possédait alors 70 % de Metalkol, société détenant les droits sur les rejets de Kingamyambo et de la vallée de la Musonoi à Kolwezi. En décembre 2012, ENRC a racheté les 49,5 % restants de Camrose ainsi que certaines participations minoritaires pour 550 millions USD. À l’issue de cette transaction, ENRC détenait notamment 100 % de Camrose et de Comide, 70 % de Metalkol et des intérêts dans Africo et Swanmines.
Entre les deux opérations Camrose, une autre transaction avait profondément modifié la carte minière congolaise. En mars 2012, First Quantum Minerals a transféré à ENRC ses actifs et droits résiduels liés au projet des rejets de Kolwezi ainsi qu’aux mines Frontier et Lonshi, dans le cadre d’un règlement global de 1,25 milliard USD. Le montant comprenait 750 millions USD versés à la clôture et 500 millions USD sous forme de billet à trois ans rémunéré à 3 %.
Ces chiffres montrent l’échelle économique des opérations réalisées pendant cette période. Les seuls rachats documentés de Camrose représentent 725 millions USD, auxquels s’ajoute le règlement de 1,25 milliard USD conclu avec First Quantum. Ces montants correspondent à des transactions différentes et ne doivent donc pas être additionnés comme s’ils constituaient le prix d’acquisition d’un actif unique.
Metalkol produit aujourd’hui plus de 100 000 tonnes de cuivre
ENRC a quitté la cote en 2013 avant la réorganisation qui a conduit à Eurasian Resources Group, ERG. Les actifs africains ont été intégrés à cette nouvelle structure, ce qui permet de suivre aujourd’hui leur poids industriel en RDC.
Le cas le plus emblématique est Metalkol, près de Kolwezi. ERG indique actuellement détenir 90 % de l’entreprise, contre 10 % pour l’État congolais. L’installation retraite les anciens résidus miniers de Kingamyambo et de la vallée de la Musonoi et dispose d’une capacité nominale d’environ 100 000 tonnes de cathodes de cuivre et 23 000 tonnes de cobalt en hydroxyde par an.
En 2024, Metalkol a retraité 7,7 millions de tonnes de résidus, produisant 101 200 tonnes de cuivre et environ 19 000 tonnes de cobalt, selon les données publiées par ERG Africa. L’actif qui apparaissait dans les transactions examinées il y a plus d’une décennie est donc devenu une installation industrielle d’envergure dans la filière cuivre-cobalt congolaise.
Frontier reste également dans le portefeuille d’ERG. Située près de Sakania dans le Haut-Katanga, la mine est détenue à 95 % par ERG et à 5 % par l’État congolais. ERG lui attribue une base de ressources de 231 millions de tonnes à environ 1 % de cuivre, correspondant à 2,2 millions de tonnes de cuivre contenu, avec une capacité de production proche de 100 000 tonnes de cuivre en concentré par an.
À l’échelle de l’ensemble de ses activités congolaises, ERG déclarait pour 2024 115 millions USD de redevances minières et 253 millions USD d’impôt sur les bénéfices versés aux administrations fiscales, données couvrant notamment Metalkol, Frontier, Boss Mining et d’autres entités du groupe.
La clôture du contentieux londonien referme ainsi une longue séquence juridique, tandis que son héritage économique demeure visible dans le Copperbelt congolais. Metalkol et Frontier illustrent cette continuité. Des actifs autrefois au centre de transactions et de procédures internationales sont aujourd’hui intégrés à une chaîne industrielle qui fournit au marché mondial du cuivre et du cobalt et contribue aux recettes minières de la RDC.
J. KAKESA









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