Les forces américaines ont frappé samedi 5 septembre trois pétroliers transportant du brut iranien, après des tirs de missiles balistiques iraniens contre deux bâtiments de l’US Navy. L’incident ajoute désormais les navires transportant directement le pétrole aux actifs exposés dans l’escalade militaire. Le Brent avait clôturé la veille à 96,28 USD le baril, en hausse de 7,6 % sur la semaine. Pour la RDC, le risque se transmet par le coût des carburants importés, du fret, du transport intérieur et des opérations minières.
La tension autour du détroit d’Ormuz a franchi un nouveau seuil samedi. Le commandement militaire américain, CENTCOM, a confirmé avoir frappé trois pétroliers iraniens, dont un au large de l’île de Kharg, principale plateforme d’exportation pétrolière de l’Iran. Washington présente ces frappes comme une réponse à des missiles balistiques lancés par les Gardiens de la révolution contre deux navires de guerre américains. Aucun militaire américain n’a été blessé, selon CENTCOM.
L’événement survient dans un marché pétrolier déjà sous pression. Vendredi 4 septembre, avant les frappes contre les pétroliers, le Brent avait terminé à 96,28 USD le baril, soit une progression hebdomadaire de 7,6 %. Le WTI américain avait gagné près de 10 % sur la semaine pour atteindre 91,48 USD. Reuters relie cette hausse aux nouvelles confrontations entre Washington et Téhéran, aux perturbations de l’offre au Moyen-Orient et aux attaques contre des capacités de raffinage russes.
Il faut donc distinguer les deux séquences. Le niveau de 96,28 USD précède les frappes du samedi, les marchés étant fermés lorsque l’opération américaine a été annoncée. La réaction des cours à cette nouvelle escalade sera observable à la réouverture.
Pour la RDC, le premier canal passe par le prix des carburants
La République démocratique du Congo est particulièrement sensible aux chocs sur les produits pétroliers internationaux parce qu’une part déterminante de son approvisionnement intérieur passe par des circuits d’importation. Le Gouvernement avait déjà réuni les ministères de l’Économie et des Hydrocarbures en avril pour évaluer les conséquences de la crise du Golfe sur l’approvisionnement national et les prix. Daniel Mukoko Samba avait alors reconnu qu’un ajustement des prix pouvait devenir nécessaire lorsque les prix internationaux augmentaient fortement.
Cette transmission s’était concrétisée quelques jours plus tard. Dans la zone Ouest, le prix réglementé du gasoil était passé de 2 430 à 2 635 CDF le litre, soit une hausse d’environ 8,4 %, tandis que l’essence progressait de 2 440 à 2 640 CDF, soit environ 8,2 %, selon un calcul de Lepoint.cd à partir des données du ministère de l’Économie. Dans le Sud minier, le gasoil avait été fixé à 3,12 USD le litre et l’essence à 2,55 USD.
Cette dernière donnée montre pourquoi le choc pétrolier dépasse directement les automobilistes. Dans le Copperbelt congolais, le diesel entre dans les coûts des engins miniers, du transport de minerais, des groupes électrogènes, des camions acheminant les intrants et de la logistique entre sites industriels et corridors d’exportation. Une hausse durable des produits raffinés peut ainsi réduire les marges ou augmenter les coûts de production du cuivre, du cobalt et d’autres minerais.
Le deuxième canal concerne le fret maritime. Les tensions autour d’Ormuz ont déjà fortement réduit le trafic observé. Le 3 septembre, seulement quatre navires de marchandises avaient traversé le détroit, contre une moyenne de 15 sur les dix jours précédents, selon les données Kpler citées par Reuters. Avant le conflit, environ 125 navires commerciaux y transitaient quotidiennement.
Lorsque les pétroliers sont exposés à des attaques, l’effet ne passe donc pas uniquement par le nombre de barils disponibles. Les armateurs doivent également intégrer davantage de risque dans les décisions de navigation, les assurances, les délais et potentiellement les coûts de transport.
Un baril proche de 100 USD remet l’inflation importée sous surveillance
La hausse du pétrole intervient alors que l’inflation congolaise s’est nettement modérée. La Banque centrale du Congo situait l’inflation en glissement annuel à 3,36 % fin août 2026. Cette amélioration renforce l’importance de préserver la stabilité des prix face à un nouveau choc énergétique externe.
Un pétrole durablement plus cher peut se diffuser progressivement vers le prix des transports, les coûts de distribution des marchandises et les charges des entreprises. Le carburant est utilisé à presque toutes les étapes de la chaîne logistique congolaise, depuis le port et les dépôts pétroliers jusqu’au transport routier urbain, interprovincial et minier.
La structure réglementée des prix permet au Gouvernement d’amortir ou de décaler une partie du choc. Mais cette stabilisation possède elle-même un coût budgétaire lorsque le prix économique réel des carburants s’écarte fortement du prix à la pompe. La RDC a déjà dû réformer son système de compensation pétrolière après l’accumulation d’arriérés liés aux manques à gagner des opérateurs. Le secteur minier avait d’ailleurs été retiré du dispositif de subventionnement en 2023 afin de réduire cette charge publique.
À 96,28 USD, le Brent se trouve désormais à moins de 4 % du seuil symbolique de 100 USD. La principale variable pour la RDC sera moins ce seuil psychologique que la durée de la tension. Quelques journées de volatilité ont un effet limité. Un pétrole proche ou supérieur à 100 USD pendant plusieurs semaines modifierait davantage les paramètres d’approvisionnement, les structures de prix et les coûts logistiques auxquels l’économie congolaise est exposée.
M. KOSI









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