Le cuivre à trois mois du London Metal Exchange évoluait vendredi 4 septembre à 14 373 USD la tonne, à seulement 1,1 % de son record de 14 527,50 USD. Le métal s’orientait vers une dixième progression hebdomadaire consécutive, soutenu par la contraction des stocks disponibles hors des États-Unis. Pour la RDC, qui a exporté 1,724 million de tonnes de cuivre au premier semestre, la durée de cette séquence compte désormais autant que le niveau du cours, car elle peut se transmettre aux revenus des producteurs, aux redevances minières et, selon les projets, à la fiscalité sur les profits excédentaires.
Le cuivre a gagné 0,3 % vendredi matin à Londres pour atteindre 14 373 USD la tonne. Il ne lui manquait alors que 154,50 USD pour retrouver son sommet de 14 527,50 USD. Reuters indiquait que le métal se dirigeait vers une hausse hebdomadaire de 0,5 %, ce qui prolongerait une série commencée durant la semaine du 29 juin.
La hausse n’est pas uniquement liée à la demande industrielle. Une partie du cuivre disponible mondialement a été aspirée vers les États-Unis en anticipation d’éventuelles barrières tarifaires. Les importations américaines ont atteint un record en juillet. Reuters avait déjà estimé à 885 000 tonnes les importations des États-Unis au premier semestre, tandis que les stocks du COMEX avaient atteint des niveaux record. Ce déplacement du métal resserre mécaniquement les disponibilités ailleurs, même dans un marché mondial qui pourrait rester excédentaire en volume total.
La tension apparaît également en Chine. Les stocks suivis par le Shanghai Futures Exchange sont tombés à environ 63 000 tonnes, en baisse de 13 % en une semaine et à leur plus faible niveau depuis janvier 2024. Les stocks du LME ont également reculé, avec de nouvelles demandes de retrait enregistrées vendredi.
Chaque hausse de 1 000 USD change rapidement l’échelle des revenus congolais
La RDC est particulièrement exposée à cette évolution par ses volumes. Les statistiques provisoires du ministère des Mines font état de 1 724 217 tonnes de cuivre exportées au premier semestre 2026, en progression d’environ 12 % sur un an. Sur ce total, 1,477 million de tonnes étaient constituées de cathodes, auxquelles s’ajoutaient du cuivre contenu dans les concentrés, des anodes et d’autres formes métalliques.
À volume constant, 1 000 USD supplémentaires par tonne représentent 1,72 milliard USD de valeur brute supplémentaire sur un volume équivalent aux exportations congolaises du premier semestre. Il ne s’agit pas d’un bénéfice additionnel pour les producteurs, puisque les prix effectivement réalisés dépendent des dates de vente, des contrats, des teneurs, des frais de traitement, du transport et des couvertures financières.
La même sensibilité peut être observée entreprise par entreprise. Au premier semestre, TFM a exporté 228 811 tonnes de cathodes, CMOC Kisanfu 113 779 tonnes, KCC 104 424 tonnes et la Compagnie Minière de Musonoie Global environ 34 375 tonnes. Une variation de 1 000 USD par tonne correspond donc, à volumes comparables, à environ 229 millions USD de valeur brute pour TFM, 114 millions pour Kisanfu, 104 millions pour KCC et 34 millions pour COMMUS.
Kamoa-Kakula offre un autre point de comparaison. Le complexe a vendu 127 868 tonnes de cuivre payable au premier semestre 2026. Au deuxième trimestre, son prix moyen réalisé était de 5,99 USD la livre, soit environ 13 206 USD la tonne, avec un coût cash C1 de 2,84 USD la livre. Un cours de marché supérieur à 14 000 USD améliore donc potentiellement l’environnement de marge, même si le prix du LME ne correspond pas directement au prix encaissé sur chaque vente.
Les premières traces doivent apparaître dans la redevance et les résultats miniers
L’effet budgétaire passe d’abord par la redevance minière. Le Code minier fixe à 3,5 % le taux applicable aux métaux non ferreux et de base, sur la valeur commerciale brute du produit marchand. La répartition prévoit 50 % pour le pouvoir central, 25 % pour la province productrice, 15 % pour l’entité territoriale décentralisée et 10 % pour le Fonds minier pour les générations futures.
À titre de sensibilité, si l’on compare 14 373 USD à un niveau de 13 000 USD la tonne, l’écart de 1 373 USD appliqué aux volumes de cuivre exportés au premier semestre représente environ 2,37 milliards USD de valeur brute supplémentaire. À 3,5 %, cela équivaudrait théoriquement à quelque 82,9 millions USD de redevance additionnelle, toutes choses égales par ailleurs. Ce calcul de Lepoint.cd ne constitue pas une prévision de recettes, car la redevance réelle dépend des valeurs commerciales déclarées, des périodes de vente et de la structure exacte des produits exportés.
Les statistiques du ministère des Mines montrent déjà que la DGRAD a recouvré 384,76 milliards CDF de redevances minières au deuxième trimestre 2026. Si les cours restent durablement au-dessus de 14 000 USD, les prochains relevés mensuels de recettes constitueront donc l’un des indicateurs les plus directs à surveiller.
Le second levier est l’impôt spécial sur les profits excédentaires. Le Code minier prévoit un taux de 50 % lorsque les cours des matières premières progressent de plus de 25 % par rapport aux prix retenus dans l’étude de faisabilité bancable du projet. Le seuil n’est donc pas universel. Un cuivre à 14 373 USD ne déclenche pas automatiquement cette fiscalité pour chaque mine. Tout dépend du prix de référence propre à son étude de faisabilité.
La prochaine lecture utile sera ainsi double. Les résultats du troisième trimestre permettront de mesurer l’effet du cuivre cher sur les marges de Kamoa-Kakula, TFM, KCC, Kisanfu et des autres producteurs. Les données de la DGRAD montreront parallèlement quelle part de cette séquence de prix se transforme effectivement en recettes pour l’État et les provinces minières.
M. MASAMUNA









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