Trois jours après le record de 53 290 tonnes de cuivre congolais importées par les États-Unis en juillet, un nouvel élément modifie la lecture du marché. La Maison-Blanche n’a toujours pas tranché sur l’instauration de droits de douane visant le cuivre raffiné et s’interroge désormais sur leur impact sur les coûts de l’industrie américaine. Pour la RDC, devenue en juillet la source de 23,9 % des importations américaines de cuivre, cette hésitation est stratégique. Un tarif protégerait les producteurs américains mais pourrait aussi réduire l’avantage économique qui vient précisément d’ouvrir davantage le marché américain aux cathodes congolaises.
Washington se retrouve face à une contradiction industrielle. L’administration de Donald Trump veut réduire la dépendance américaine aux métaux importés et encourager les investissements dans les mines, les fonderies et les raffineries nationales. Mais le cuivre entre directement dans les réseaux électriques, la construction, l’automobile, les équipements électroniques, les infrastructures numériques et de nombreuses productions manufacturières. Renchérir le métal importé revient donc aussi à augmenter le coût d’un intrant essentiel pour une large partie de l’industrie américaine. Selon Reuters, cette question d’accessibilité des prix contribue aujourd’hui à retarder la décision de la Maison-Blanche.
Le sujet porte précisément sur le cuivre raffiné, notamment les cathodes. En juillet 2025, le département américain du Commerce avait recommandé une taxe universelle de 15 % à partir du 1er janvier 2027, puis de 30 % en 2028. Donald Trump avait alors choisi de taxer certains produits semi-finis, tout en laissant le cuivre raffiné en dehors de la première vague de mesures. Le département du Commerce devait actualiser son analyse au 30 juin 2026. Cette mise à jour a bien été transmise, mais aucune décision définitive n’a encore été annoncée.
Le cuivre congolais entre précisément dans la zone que Washington hésite à taxer
Cette hésitation prend une dimension particulière pour Kinshasa. En juillet, les États-Unis ont importé 53 290 tonnes de cathodes de cuivre de RDC, soit 23,9 % de leurs importations totales du mois. Le volume américain a dépassé 220 000 tonnes pour la première fois. Plus significatif encore, les États-Unis avaient acheté moins de 32 000 tonnes de cuivre congolais pendant toute l’année 2024. Le seul mois de juillet 2026 dépasse donc d’au moins 66 % le volume de toute l’année 2024.
La progression congolaise ne repose pas uniquement sur la diplomatie entre Kinshasa et Washington. Elle répond aussi à une logique de prix. Aucun cuivre de marque congolaise n’est actuellement livrable sur le COMEX américain, mais les utilisateurs industriels acceptent davantage les cathodes produites en RDC. Reuters rapporte que certains volumes congolais sont vendus sur une base LME avec une décote de 550 à 800 USD par tonne, notamment pour intégrer les coûts de fret. Dans le même temps, la prime du cuivre COMEX sur le LME a parfois atteint 400 à 600 USD par tonne durant l’été. Des fabricants américains de fils et de tubes ont ainsi trouvé un intérêt économique à acheter directement du métal congolais.
Une taxe de 15 % pourrait modifier profondément cette équation. À titre d’ordre de grandeur, sur une tonne valorisée 14 800 USD, niveau observé cette semaine sur le marché londonien, 15 % représentent environ 2 220 USD. Ce montant serait très supérieur à la décote de 550 à 800 USD qui rend aujourd’hui certaines cathodes congolaises compétitives aux États-Unis. Le calcul ne préjuge ni de la valeur douanière effectivement retenue ni d’éventuelles exemptions futures, mais il montre pourquoi la décision américaine pourrait modifier brutalement les arbitrages commerciaux.
Les États-Unis ont besoin des importations qu’ils cherchent à réduire
Le problème américain est structurel. D’après les données de l’US Geological Survey citées par Reuters, les importations américaines de cuivre raffiné ont été multipliées par 16 depuis 2015, tandis que la production nationale a diminué d’environ 20 %. Les États-Unis importent aujourd’hui approximativement la moitié du cuivre qu’ils consomment et ne disposent que de deux fonderies de cuivre encore en activité.
Les anticipations tarifaires ont déjà profondément perturbé le marché. Traders et industriels ont accumulé d’importants stocks aux États-Unis avant une éventuelle taxation, créant l’un des plus importants réservoirs de cuivre au monde et retirant simultanément du métal des autres marchés. Lorsque Reuters a révélé que les tarifs n’étaient plus considérés comme acquis, le cuivre a perdu plus de 4 % et les valeurs minières ont immédiatement reculé. Freeport-McMoRan cédait environ 7 %, BHP 4,7 % et Rio Tinto 2,7 %.
Pour la RDC, cette volatilité rappelle que le record de juillet doit encore être confirmé sur plusieurs mois avant de parler d’un déplacement structurel des flux. La Chine reste de très loin le premier débouché du cuivre congolais. Elle avait encore importé 95 778 tonnes en juillet, contre 53 290 tonnes pour les États-Unis. Mais le rapprochement est devenu suffisamment important pour que le marché américain constitue désormais un véritable deuxième axe de diversification.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que le cuivre congolais détermine à lui seul la politique tarifaire américaine. L’hésitation de Washington porte sur l’ensemble de son industrie, sur l’inflation et sur sa dépendance générale aux importations. Mais avec près d’un quart des approvisionnements américains en juillet, la RDC n’est plus marginale dans cette équation.
C’est peut-être le changement le plus important. Jusqu’ici, Kinshasa observait surtout les décisions commerciales américaines comme un pays producteur extérieur au marché. Désormais, si les volumes de juillet se consolident, toute modification américaine concernant les cathodes importées pourra affecter directement les débouchés, les prix et les arbitrages commerciaux du cuivre congolais.
M. KOSI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.