La RDC arrive à China Mining 2026 avec une demande plus précise adressée à ses partenaires chinois. Kinshasa ne veut plus mesurer la coopération minière seulement par les tonnes de cuivre, de cobalt ou de lithium produites, mais également par les capacités industrielles installées dans le pays, les technologies transférées, les emplois qualifiés et la participation des entreprises congolaises. Le défi est désormais de faire évoluer une relation sino-congolaise déjà très puissante dans l’extraction vers des investissements plus profonds dans le raffinage, les produits intermédiaires et les chaînes industrielles situées après la mine.
À Tianjin, où la China Mining Conference and Exhibition se tient du 10 au 12 septembre, Louis Watum Kabamba a placé la transformation locale parmi les principaux objectifs de la délégation congolaise. Lors du Forum RDC–Chine, le ministre des Mines a demandé que la réussite du secteur soit évaluée également à travers la valeur ajoutée conservée en RDC, les emplois qualifiés, le transfert de technologies et le développement des entreprises nationales. Le CAMI, le CEEC, le SGNC, le SAEMAPE, l’Inspection générale des Mines, la CTCPM, la Gécamines et le FOMIN participent à cette séquence destinée à présenter aux partenaires chinois les différents segments de l’industrie congolaise.
Le message intervient alors que la Chine n’a plus besoin d’être convaincue du potentiel géologique congolais. Ses groupes disposent déjà d’actifs considérables. CMOC exploite Tenke Fungurume et Kisanfu. Zijin a lancé la production de lithium à Manono Nord-Est. China Minmetals contrôle MMG, opérateur de Kinsevere. Ces investissements ont contribué à faire de la RDC l’un des premiers centres mondiaux de production du cuivre et du cobalt.
Au premier semestre 2026, le pays a exporté 1,724 million de tonnes de cuivre, après un record annuel de 3,4 millions de tonnes en 2025. Les cathodes de cuivre à 99,99 % ont représenté 1,477 million de tonnes, soit 86 % des exportations cuprifères du semestre. Ces chiffres sont importants car ils montrent que la RDC n’exporte pas uniquement du minerai brut. Une partie substantielle du cuivre subit déjà sur place une transformation métallurgique avancée jusqu’à la cathode.
Le prochain niveau industriel commence après la cathode et l’hydroxyde
Le véritable débat se situe donc plus loin dans la chaîne de valeur. Pour le cuivre, produire une cathode est déjà une étape industrielle significative. Mais la valeur peut encore progresser avec les fils, câbles, barres, tubes, composants électriques et autres produits manufacturés. Pour le cobalt, la RDC exporte principalement de l’hydroxyde, produit intermédiaire qui doit encore être raffiné en sulfate ou transformé en matériaux actifs de cathodes avant d’intégrer une batterie.
La même question se pose désormais pour le lithium. La mine de Manono Nord-Est de Zijin a produit l’équivalent de 5 379 tonnes de carbonate de lithium au premier semestre 2026, mais le projet reste essentiellement positionné sur l’amont de la chaîne. L’enjeu pour la RDC est d’attirer progressivement les étapes supplémentaires de conversion chimique et, lorsque les conditions énergétiques et commerciales le permettent, une partie de la fabrication des matériaux utilisés dans les batteries.
Les groupes chinois disposent précisément des technologies recherchées. À Kinsevere, MMG exploite déjà une plateforme intégrée combinant concentrateur, grillage et hydrométallurgie, avec une capacité nominale de 80 000 tonnes de cathodes de cuivre par an et un potentiel de 4 000 à 6 000 tonnes d’hydroxyde de cobalt. Chez TFM, CMOC dispose également d’installations de concentration et d’hydrométallurgie. L’entreprise a encore présenté en août son concentrateur 30K et son usine hydrométallurgique comme des éléments de l’augmentation de ses capacités.
Tianjin ne part donc pas d’une page blanche. La question est de savoir si la prochaine génération de capitaux chinois restera concentrée sur l’augmentation des volumes miniers et la première transformation ou si elle financera aussi les segments industriels situés plus en aval.
Énergie, infrastructures et marché décideront de la profondeur de la transformation
La politique congolaise devient elle aussi plus contraignante. La CTCPM rappelle que l’arrêté interministériel du 29 juin interdit désormais l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt afin de favoriser le traitement et le raffinage local. Le même rapport reconnaît cependant que la transformation reste limitée par le déficit énergétique et par le coût des intrants industriels.
C’est précisément là que le message adressé à la Chine devient économique. Construire davantage d’usines métallurgiques implique davantage de mégawatts, des voies ferrées fiables, des routes industrielles, de l’acide sulfurique, des équipements, du financement à long terme et des débouchés capables d’absorber la production. Pour Kinshasa, obtenir une usine sans sécuriser son alimentation électrique ou sa logistique déplacerait simplement le problème.
La Chine dispose d’un avantage particulier pour répondre à cette demande puisqu’elle réunit groupes miniers, fabricants d’équipements, banques, entreprises énergétiques, ingénierie et marchés industriels. C’est cette capacité à financer simultanément la mine et son environnement productif que la RDC cherche désormais à mobiliser.
Le résultat de China Mining 2026 devra donc être évalué avec des indicateurs beaucoup plus concrets que le nombre de rencontres tenues. Combien de dollars seront dirigés vers de nouvelles capacités de traitement ? Combien de mégawatts accompagneront ces usines ? Quels produits supplémentaires seront fabriqués en RDC ? Quelle part des équipements et services sera confiée aux entreprises congolaises ?
La RDC produit déjà le cuivre raffiné et transforme le cobalt jusqu’à l’hydroxyde. Le prochain saut industriel consiste à avancer encore dans la chaîne. C’est sur cette frontière entre mine, métallurgie et industrie manufacturière que Tianjin pourra réellement modifier la nature de la relation minière entre Kinshasa et Pékin.
M. MASAMUNA









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