Les États-Unis affirment avoir signé ou approuvé 160 accords sur les minerais critiques représentant plus de 40 milliards USD depuis janvier 2025. Pourtant, hors terres rares, la part moyenne du premier pays raffineur est passée de 70 % en 2023 à 72 % en 2025. Pour la RDC, géant du cuivre et du cobalt, la compétition géopolitique ne créera davantage de valeur locale que si une partie des nouveaux capitaux finance aussi les fonderies, le raffinage et les matériaux intermédiaires.
Les milliards engagés pour diversifier les chaînes mondiales de minerais critiques n’ont pas encore inversé la concentration de leur transformation. Selon les données du Global Critical Minerals Outlook 2026 de l’Agence internationale de l’énergie reprises le 14 septembre par Reuters, la part moyenne détenue par le premier pays raffineur, hors terres rares, est passée de 70 % en 2023 à 72 % en 2025. La Chine reste dominante pour la majorité des minerais étudiés, tandis que l’Indonésie occupe cette position pour le nickel.
Ce mouvement intervient alors que Washington accélère fortement ses interventions. L’administration américaine affirme avoir signé ou approuvé 160 accords totalisant plus de 40 milliards USD depuis janvier 2025. Les instruments vont du financement public aux prises de participation dans des entreprises minières ou de raffinage, en passant par les prêts, les partenariats internationaux et les mécanismes destinés à sécuriser l’approvisionnement. Mais la réponse industrielle chinoise demeure difficile à déplacer à court terme. En 2025, la Chine assurait entre 70 % et 95 % du traitement mondial du lithium, du cobalt, du phosphate, du manganèse et du graphite, ainsi que 98 % de la production de matériaux cathodiques LFP et 80 % des cellules de batteries.
L’écart entre extraction et transformation devient ainsi le principal verrou. L’AIE observe que les investissements dans de nouvelles capacités minières géographiquement diversifiées avancent plus vite que ceux destinés au raffinage et à la fabrication. Les engagements publics en faveur des minerais critiques dans les économies avancées ont atteint environ 65 milliards USD en 2025, quatre fois plus qu’en 2023, mais l’agence relève encore une différence importante entre les engagements annoncés et les décaissements réels.
Le cuivre montre pourquoi le minerai ne suffit plus
Le cuivre illustre particulièrement cette concentration. Depuis 2005, la Chine a représenté plus de 90 % de l’augmentation mondiale des capacités de fusion, faisant passer sa part d’environ 15 % à 50 % en 2025. Dans le même temps, le taux d’utilisation des fonderies chinoises atteignait environ 85 %, contre moins de 70 % hors Chine. L’AIE estime qu’une poursuite de cette configuration pourrait encore renforcer la dépendance mondiale vis-à-vis des capacités chinoises de transformation.
Pour la RDC, le paradoxe est direct. Le pays a exporté 1,724 million de tonnes de cuivre au premier semestre 2026, après environ 3,4 millions de tonnes en 2025. Dans son rapport semestriel, l’administration minière congolaise indique également que la part des ventes de cuivre dirigées vers les États-Unis et l’Europe a doublé par rapport à 2025. Mais déplacer la destination commerciale du métal n’équivaut pas encore à déplacer les capacités mondiales de raffinage et de fabrication.
L’AIE prévoit d’ailleurs toujours un déficit mondial de cuivre d’environ 25 % en 2035 par rapport à la demande projetée, malgré l’avancement de nouveaux projets, notamment en RDC et en Zambie. Autrement dit, le poids minier congolais devrait encore augmenter, mais rien ne garantit que la même progression se traduira automatiquement dans les segments industriels situés après la mine.
Le cobalt présente une configuration encore plus stratégique. L’AIE classe désormais ce métal, avec le graphite, le tungstène, le germanium et certaines terres rares, parmi les matériaux les plus exposés aux vulnérabilités d’approvisionnement. L’introduction par la RDC de quotas d’exportation a même fait apparaître un déficit potentiel dans les projections mondiales de cobalt, démontrant le pouvoir du pays sur l’offre primaire.
Le coût du raffinage devient la bataille industrielle
Construire une alternative à la Chine reste cependant coûteux. Selon l’AIE, les investissements nécessaires à un projet de raffinage situé hors du pays dominant sont 20 % à plus de 150 % plus élevés, notamment en raison du coût des équipements et de la construction. Les coûts d’exploitation sont en moyenne environ 50 % supérieurs, sous l’effet notamment de l’énergie et de l’approvisionnement en matières premières. Les infrastructures, les compétences techniques et les délais administratifs augmentent encore l’écart de compétitivité.
Ces chiffres expliquent pourquoi les seuls contrats d’approvisionnement ne suffisent pas. La diversification exige aussi des prêts concessionnels, garanties, prises de participation, contrats d’achat de long terme et mécanismes protégeant les raffineries contre les risques de prix et de volumes. C’est précisément sur ce terrain que la compétition entre États-Unis, Chine, Europe, Corée et autres puissances industrielles peut ouvrir une fenêtre à la RDC.
Kinshasa a déjà commencé à durcir sa politique de transformation. Un arrêté interministériel du 29 juin 2026 a interdit l’exportation de concentrés de cuivre et de cobalt afin d’encourager leur traitement local, tandis que TFM, KCC et SOMIDEZ ont, selon les statistiques minières officielles, accéléré des investissements dans leurs capacités de traitement.
Le prochain test ne sera donc pas seulement le nombre d’accords américains liés au cuivre ou au cobalt congolais. Il faudra mesurer la part des capitaux effectivement dirigée vers les fonderies, raffineries, précurseurs de batteries et autres produits intermédiaires installés en RDC. C’est à ce niveau que se jouera la capacité du pays à transformer la compétition mondiale pour ses minerais en valeur industrielle produite sur son territoire.
Peter MOYI









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