La RDC a signé le nouvel Accord international sur le cacao le 2 juin 2026 à Abidjan, avant sa ratification en juillet. Le texte renforce sa place dans la gouvernance mondiale de la filière et facilite la préparation de projets, mais il ne garantit pas automatiquement un prix minimum, des financements directs ou de nouvelles infrastructures aux producteurs.
L’adhésion au nouvel Accord international sur le cacao intervient alors que les exportations congolaises ont presque doublé en quatre ans. Selon les données de l’Institut national de la statistique relayées par le ministère du Commerce extérieur, elles sont passées de 47 346 tonnes en 2021 à plus de 92 220 tonnes en 2025. Cette progression place la structuration de la filière, la traçabilité des fèves et la rémunération des producteurs parmi les priorités économiques du pays.
Le texte signé par la RDC organise la coopération entre pays producteurs et importateurs autour de plusieurs objectifs. Il prévoit notamment l’amélioration des revenus des planteurs, la recherche de prix plus rémunérateurs, la diffusion des statistiques, le développement de projets, la qualité du cacao, la transformation dans les pays d’origine et la durabilité environnementale. L’Organisation internationale du cacao doit servir de cadre de dialogue, d’études et de recherche de financements auprès des institutions compétentes.
Revenus, financement et transformation locale
L’accord reconnaît le revenu décent comme un objectif pour les producteurs et demande aux États membres de mettre en place des politiques favorisant des prix rémunérateurs. Cette disposition ne crée toutefois pas un « revenu vital garanti » versé automatiquement aux planteurs congolais. La fixation d’un prix minimum, son mode de calcul et son application sur les marchés de Beni, Mambasa, Butembo ou de la Tshopo dépendront des mesures adoptées par les autorités congolaises et de l’organisation commerciale de la filière.
L’accord peut renforcer le pouvoir de négociation des producteurs grâce à une meilleure information sur les cours, les volumes et l’évolution de la demande mondiale. Il encourage aussi la création d’organisations de producteurs capables de commercialiser collectivement leurs récoltes et de rechercher des marchés valorisant la qualité. Les coopératives pourraient ainsi mieux défendre leurs prix face aux intermédiaires, à condition de disposer de données fiables, de capacités de stockage et de contrats d’achat structurés.
Sur le financement, l’ICCO peut accompagner la préparation et l’évaluation de projets, puis rechercher l’appui de bailleurs bilatéraux et multilatéraux. L’accord ne constitue pas lui-même un fonds qui distribuerait directement des crédits aux coopératives. Les centres de fermentation, les séchoirs, les entrepôts ou les programmes de préfinancement devront faire l’objet de projets distincts, portés par la RDC et soumis aux partenaires susceptibles de les financer.
La transformation locale figure clairement parmi les orientations du texte. Les pays membres sont encouragés à traiter davantage de fèves sur leur territoire et à développer des produits destinés aux industries alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques. Pour la RDC, cette orientation peut soutenir la production de beurre, de poudre, de pâte de cacao et de chocolat, avec davantage de valeur conservée dans le pays que lors de l’exportation des seules fèves.
Traçabilité et environnement, des politiques nationales à construire
L’accord engage les membres à lutter contre la déforestation et prévoit un soutien à la reforestation, à l’agroforesterie et à la rémunération de certains services environnementaux. Il prévoit également des études sur les effets des procédures de certification sur les petits producteurs. Il n’instaure cependant pas une certification gratuite et automatique conforme aux exigences européennes pour chaque exploitation congolaise.
L’appui américain annoncé pour former des experts congolais à la certification relève d’une initiative distincte évoquée par le ministère du Commerce extérieur en avril 2026. Cette formation pourrait réduire la dépendance aux certificateurs étrangers et renforcer la capacité nationale de contrôle, mais elle ne découle pas directement d’une obligation financière contenue dans l’accord international.
La traçabilité représente un intérêt particulier pour la RDC, dont une partie du cacao produit dans l’Est est exportée par les pays voisins et enregistrée sous une autre origine commerciale. Le ministère du Commerce extérieur a reconnu cette difficulté et annoncé des actions visant à mieux canaliser les exportations congolaises. L’accord fournit un cadre de coopération et d’accès aux statistiques, tandis que l’identification des plantations, le suivi numérique des lots et la délivrance des certificats d’origine relèveront de l’organisation nationale.
En revanche, le texte ne contient pas d’engagement automatique portant sur la construction d’entrepôts climatisés, la réhabilitation des routes agricoles ou le déploiement d’une unité associant police, douane et armée. Ces actions peuvent accompagner une stratégie nationale du cacao, mais elles ne doivent pas être présentées comme des réalisations directement garanties par la ratification.
L’apport économique de l’accord se mesurera donc à travers les projets effectivement financés, l’amélioration des prix payés aux producteurs, la part de cacao transformée en RDC, la progression des exportations certifiées et la réduction des volumes commercialisés sous l’origine de pays voisins.
— M. MASAMUNA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.