Le cuivre pèse désormais davantage que le nombre de mines exploitées dans la hiérarchie financière de l’industrie extractive. Une compilation des résultats publiés par les principaux groupes miniers place Glencore en tête, devant Rio Tinto, BHP et Vale. Derrière ce classement se dessine une concentration croissante des revenus autour des entreprises fortement exposées au cuivre, au minerai de fer et aux métaux nécessaires aux infrastructures électriques.
Les activités industrielles de Glencore ont généré 61,3 milliards USD de revenus en 2025, dont 38,8 milliards pour les métaux et minerais et 20,7 milliards pour le charbon énergétique et sidérurgique. Le chiffre d’affaires total du groupe a atteint 247,5 milliards USD, mais cette somme inclut son immense activité de négoce de matières premières. Comparer Glencore aux autres producteurs suppose donc d’isoler ses opérations minières et industrielles. (Glencore)
Rio Tinto arrive derrière avec 57,6 milliards USD de revenus consolidés en 2025. BHP a déclaré 51,3 milliards USD pour son exercice clos en juin 2025, malgré un recul de 8 % provoqué par la baisse des prix du minerai de fer et du charbon. Vale complète le premier groupe avec 38,4 milliards USD de revenus nets, soutenus par une production de minerai de fer qui a atteint son niveau le plus élevé depuis 2018. (SEC)
À l’échelle des quarante premières entreprises mondiales, PwC estime que les revenus du secteur ont progressé de 3,3 % en 2025 pour atteindre 909 milliards USD. Le bénéfice net cumulé s’est élevé à 120 milliards USD. Ces résultats montrent que l’industrie minière conserve une forte capacité de génération de revenus, malgré la hausse des coûts, les contraintes énergétiques et la complexité croissante des nouveaux projets. (PwC)
Le cuivre dépasse le nombre d’entreprises aurifères
La composition du classement donne une image différente de celle fournie par le simple nombre de sociétés. Dans l’échantillon des cent entreprises analysées, les groupes principalement tournés vers l’or sont les plus nombreux, avec 39 représentants, mais ils ne produisent qu’environ 21 % des revenus cumulés.
À l’inverse, les 22 producteurs principalement exposés au cuivre concentrent près de 28 % des revenus, soit plus de 200 milliards USD. Cinq groupes dominés par le minerai de fer représentent, à eux seuls, environ 22 % des recettes du classement. Ces proportions peuvent varier selon la méthode utilisée pour classer les groupes diversifiés, mais elles montrent que la valeur financière du secteur est plus concentrée que le nombre d’entreprises pourrait le laisser penser.
Le cuivre bénéficie de besoins croissants dans les réseaux électriques, les centres de données, les véhicules, les systèmes de stockage d’énergie et les infrastructures renouvelables. Cette demande ne garantit pas une hausse continue des prix, mais elle pousse les grands groupes à sécuriser des gisements capables de produire pendant plusieurs décennies.
Cette logique explique en partie les discussions engagées au début de 2026 entre Rio Tinto et Glencore. Une combinaison des deux groupes aurait créé une entreprise valorisée à près de 207 milliards USD, avec une forte présence dans le cuivre, le minerai de fer, l’aluminium, le charbon et le négoce mondial. Les négociations ont finalement échoué en février, notamment en raison de divergences sur la valorisation et la gouvernance du futur ensemble. (Reuters)
Même sans accord, l’intérêt de Rio Tinto pour Glencore a confirmé l’importance stratégique des portefeuilles de cuivre. Les deux groupes disposent d’actifs en Amérique latine, en Australie, en Afrique et en Asie, mais Glencore ajoute une présence directe en RDC à travers Kamoto Copper Company et Mutanda Mining. Cette exposition place le sous-sol congolais dans les calculs de valorisation, de croissance et de consolidation des plus grandes entreprises mondiales.
La même tendance est visible chez BHP. Malgré la baisse de son chiffre d’affaires en 2025, la progression du cuivre a partiellement compensé le recul du minerai de fer et du charbon. Rio Tinto cherche également à accroître sa production de cuivre, alors que Vale développe ses activités dans les métaux de base en complément de son activité historique dans le minerai de fer. (BHP)
L’or conserve la moitié des budgets d’exploration
La domination du cuivre dans les revenus ne se retrouve pas exactement dans les dépenses d’exploration. Selon S&P Global Market Intelligence, le budget mondial consacré à la recherche de minerais non ferreux a atteint 12,4 milliards USD en 2025, en léger recul de 0,6 % par rapport à l’année précédente.
L’or a capté 6,15 milliards USD, soit environ la moitié des dépenses mondiales. Les groupes aurifères investissent régulièrement autour de leurs mines existantes afin de renouveler des réserves dont la durée de vie est souvent plus courte que celle des grands gisements de cuivre ou de minerai de fer.
Le cuivre arrive en deuxième position avec 3,27 milliards USD, en hausse de 2 %. Ce montant constitue son niveau le plus élevé depuis douze ans. Les grandes compagnies ont consacré plus de 2 milliards USD à son exploration, tandis que les entreprises plus petites ont réduit leurs budgets en raison de difficultés de financement et d’un accès au capital devenu plus sélectif.
L’Afrique a reçu 1,44 milliard USD de dépenses d’exploration en 2025, en progression de 11 %. La Côte d’Ivoire a attiré le budget le plus élevé du continent, devant la RDC, classée deuxième après une augmentation de 10 % de ses dépenses d’exploration. Cette position confirme l’intérêt porté au cuivre, au cobalt, à l’or, au lithium, à l’étain et aux autres ressources présentes dans le sous-sol congolais.
Pour la RDC, cette évolution pose une question qui dépasse la production minière. Le pays accueille des actifs qui renforcent la valeur boursière et les revenus de plusieurs groupes internationaux, mais il doit encore accroître la part de cette valeur conservée dans son économie. La fiscalité, la transformation locale, la sous-traitance, l’électricité, les infrastructures et la participation des entreprises congolaises détermineront les retombées réelles de la croissance du cuivre.
L’augmentation des revenus des producteurs ne se traduit pas automatiquement par une industrialisation des pays d’extraction. Une tonne de cuivre exportée sous une forme peu transformée génère moins d’activités locales qu’un métal raffiné utilisé dans des câbles, des composants électriques ou des équipements industriels. La RDC devra donc relier sa politique minière à une stratégie énergétique et manufacturière capable d’accompagner la transformation.
Le classement mondial montre finalement que les entreprises les mieux positionnées ne sont pas nécessairement celles qui exploitent le plus grand nombre de sites. Ce sont celles qui contrôlent les métaux les plus recherchés, disposent d’infrastructures fiables et peuvent financer de nouveaux projets. Dans le cycle actuel, le cuivre concentre une part croissante de cette valeur.
Pour la RDC, cette position représente à la fois une force et une exigence. La demande mondiale augmente l’intérêt pour ses gisements, mais elle renforce aussi la concurrence entre groupes, États et partenaires industriels. Le pays devra utiliser cette demande pour négocier davantage d’investissements, de transformation et d’emplois, plutôt que de rester uniquement le point de départ des matières premières qui alimentent les revenus des géants miniers.
— M. KOSI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.