Cuivre : Robert Friedland place l’Afrique au centre, et Kamoa-Kakula met la RDC sous les projecteurs

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À Mining Indaba 2026, le Canadien Robert Friedland, fondateur et co-président d’Ivanhoe Mines, a prévenu que le monde va vers une pénurie de cuivre et que « la réponse, c’est l’Afrique ». Au cœur de ce message, un actif congolais : Kamoa Copper SA, développé autour du complexe Kamoa-Kakula dans le Lualaba.

À Cape Town, l’édition 2026 de l’African Mining Indaba a dépassé le cadre d’un salon minier. Les échanges ont pris une tournure géoéconomique, car le cuivre est présenté comme une matière première devenue stratégique pour l’économie mondiale. Robert Friedland a résumé l’idée en une phrase : le cuivre n’est plus « une simple commodité » ; il devient une infrastructure, celle qui permet l’électrification et l’économie numérique.

Son raisonnement s’appuie sur une chaîne d’usages qui grossit vite : véhicules électriques, réseaux électriques plus intelligents, centres de données liés à l’intelligence artificielle. Tout cela consomme du cuivre, beaucoup de cuivre. Dans ses interventions relayées sur les réseaux professionnels, Friedland a même avancé une image forte : pour suivre la trajectoire énergétique et numérique mondiale, il faudrait découvrir ou développer l’équivalent d’une mine comme Kamoa-Kakula tous les deux ans jusqu’en 2050.

Ce message attire l’attention parce qu’il vient d’un acteur directement lié au projet congolais. Friedland n’est pas un observateur extérieur : Ivanhoe Mines est co-actionnaire du développement du complexe Kamoa-Kakula. Quand il parle de pénurie mondiale et de besoin d’investir, il oriente aussi le regard des investisseurs vers les zones capables de produire à grande échelle, rapidement et sur la durée. Dans cette équation, la RDC apparaît comme un pays pivot.

Kamoa-Kakula : la mine compte, mais l’effet sur l’économie comptera plus

Dans le Lualaba, Kamoa-Kakula est déjà présenté comme l’un des grands gisements de cuivre à haute teneur au monde. Mais à Mining Indaba, l’enjeu mis sur la table n’est pas uniquement géologique. Kamoa Copper est aussi un carrefour d’intérêts, car le projet est structuré en coentreprise entre Ivanhoe Mines, le groupe chinois Zijin Mining Group, l’État congolais et d’autres partenaires. Cette configuration fait du site un symbole de la diplomatie des minerais dits critiques, où se croisent capitaux, technologies, sécurisation des approvisionnements et influence.

Un autre point ressort du texte : la mise en service d’une fonderie sur site. Le signal est clair : la RDC cherche à aller au-delà de l’exportation de concentré en amorçant une transformation locale. Pour un pays exportateur, la transformation change la place dans la chaîne de valeur : elle peut créer plus d’emplois industriels, plus de compétences techniques, et des besoins accrus en énergie et en logistique, donc des investissements autour de la mine.

Mais la question qui revient est simple : comment convertir une position stratégique en retombées visibles pour l’économie nationale et pour les territoires proches du projet ? Le texte avance trois leviers, qui peuvent se traduire de façon très concrète.

Le premier est l’industrialisation réelle. Une fonderie n’a de sens économique pour le pays que si elle entraîne quelque chose autour : formation de techniciens, montée en charge d’entreprises congolaises de sous-traitance, transfert de compétences, et amélioration des infrastructures qui servent aussi à d’autres secteurs. Sans ces effets d’entraînement, la transformation locale risque de rester un symbole, avec un impact limité sur le tissu productif.

Le deuxième est l’acceptabilité sociale. Dans l’industrie minière, produire ne suffit pas : un projet tient dans le temps s’il est perçu comme plus utile que coûteux par les communautés et par l’opinion. Le texte souligne que, dans un contexte de minerais critiques, la réputation compte autant que les volumes. Les investisseurs regardent de plus en plus les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Cela renvoie à des sujets très pratiques : transparence, dialogue communautaire, investissements sociaux mesurables, gestion des impacts. Un projet jugé plus équitable est souvent plus stable, donc plus finançable.

Le troisième levier est la prévisibilité institutionnelle. Le texte insiste sur un point connu des marchés : le capital cherche d’abord un cadre réglementaire et fiscal lisible. Les mines sont des projets lourds, avec des investissements étalés sur des années. Si les règles changent souvent ou si les décisions sont difficiles à anticiper, le risque augmente et le coût de financement grimpe. À l’inverse, un environnement plus prévisible renforce l’attractivité de projets comme Kamoa et consolide la place de la RDC dans la compétition mondiale du cuivre.

L’auteur évoque aussi un « effet Friedland », à comprendre comme une opportunité de récit pour le pays. Si le cuivre est décrit comme le « pétrole vert » du XXIᵉ siècle, alors la RDC, premier producteur africain de cuivre, peut s’appuyer sur cette attention internationale pour mieux défendre ses intérêts. L’idée n’est pas de célébrer uniquement les volumes, mais de montrer la valeur créée : part transformée localement, compétences développées, part des PME congolaises dans la chaîne d’approvisionnement, retombées fiscales et sociales rendues visibles.

Le texte va plus loin en parlant d’un possible « modèle Kamoa ». Il avance que les retombées fiscales seraient « lisibles et traçables », que les programmes communautaires seraient « documentés et évalués », et que l’intégration de PME congolaises progresserait. Présentés comme des repères, ces éléments servent un objectif : faire de Kamoa-Kakula une vitrine qui aide la RDC à négocier mieux, à attirer des capitaux sur des bases plus solides, et à pousser une logique industrielle.

Au final, Mining Indaba 2026 a remis l’Afrique au centre de la géopolitique du cuivre, et les déclarations de Robert Friedland ont renforcé ce projecteur. Pour la RDC, l’enjeu n’est pas seulement d’être identifiée comme une réponse à la pénurie mondiale. L’enjeu est de transformer ce rôle en stratégie nationale cohérente, avec une transformation locale qui produit des effets concrets, un cadre plus prévisible, et des retombées partagées dans la durée.

M. KOSI

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