Les États-Unis et la Chine envisagent de constituer des réserves stratégiques de cuivre. Pour la banque Goldman Sachs, ces achats publics pourraient absorber l’excédent attendu sur le marché cette année et rendre moins valable sa prévision de prix moyen à 11 200 dollars la tonne au quatrième trimestre.
Goldman Sachs estime que si ces programmes se concrétisent, les stocks des deux pays pourraient capter les 300 000 tonnes d’excédent anticipées pour l’année. Dans ce cas, le marché passerait d’une situation de surplus à une situation plus proche de l’équilibre, selon l’analyse de la banque.
Des réserves publiques qui peuvent retirer du métal du marché

Au début du mois, Donald Trump a évoqué la création de réserves stratégiques de métaux critiques via un projet baptisé Vault, présenté comme un outil de sécurisation des approvisionnements, notamment pour l’industrie automobile. L’objectif affiché est de maintenir des réserves équivalentes à 60 jours de consommation.
Goldman Sachs évalue à 19 % la probabilité que son scénario central doive être réajusté si les États-Unis et la Chine passent à l’exécution. Dans cette hypothèse, la constitution de stocks impliquerait 1 million de tonnes de cuivre supplémentaires, selon la banque.
La banque nuance toutefois l’effet possible sur les prix, en soulignant que le marché mondial du cuivre est vaste en volume. Des opérations de stockage peuvent donc, selon elle, n’avoir qu’un impact limité si les achats restent étalés, partiels ou inférieurs aux volumes évoqués.
Goldman Sachs avance aussi une répartition budgétaire : la moitié des montants destinés aux stocks stratégiques irait au cuivre et à l’aluminium. L’autre partie concernerait d’autres matières premières jugées sensibles. Dans cette logique, la banque estime que les réserves américaines devraient prioriser les métaux où la dépendance aux importations est la plus forte, en particulier les terres rares lourdes.
Derrière ces annonces, l’enjeu est mécanique : quand un État achète pour stocker, il retire du métal de la circulation commerciale immédiate. Si le volume est important, l’équilibre offre-demande peut se resserrer, même sans hausse de la consommation industrielle.
La Chine prépare un cadrage des échanges de métaux stratégiques
Du côté chinois, la chambre de Commerce a annoncé la tenue d’une réunion à Pékin le 25 mars pour informer les industriels des métaux sur les règles à suivre concernant les importations et exportations de terres rares et de métaux stratégiques.
Selon le communiqué, l’accent sera mis sur les contrôles à mettre en place sur les exportations, les formalités douanières et les exigences de conformité. Les échanges commerciaux avec les États-Unis, mais aussi avec d’autres partenaires, doivent aussi être abordés dans le cadre du prochain plan quinquennal.
L’ordre du jour prévoit enfin une lecture des tendances mondiales d’offre et de demande et la stratégie de développement de ressources à l’international pour plusieurs métaux, dont l’étain, le tungstène, l’antimoine et les terres rares.
Pour les acteurs miniers et les industriels, l’addition de ces deux dynamiques — constitution de stocks d’un côté, encadrement plus strict des échanges de l’autre — renforce l’incertitude sur la disponibilité du cuivre et, plus largement, sur le coût d’approvisionnement des métaux jugés stratégiques.
— M. KOSI

