La RDC participe au Forum économique mondial de Davos du 19 au 23 janvier 2026 avec une délégation conduite par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Kinshasa y défend deux dossiers liés, la guerre à l’Est et une stratégie économique qui vise à faire passer le pays du rôle de simple exportateur de ressources à celui d’acteur recherché dans la transition énergétique et climatique.
Dans les couloirs de Davos, le message congolais s’adresse d’abord aux investisseurs. Il s’agit de convaincre que le pays peut attirer des financements privés et publics, tout en améliorant son profil de risque.
Ce que la stratégie de Davos change pour la monnaie, l’inflation et le coût du financement

Pour un regard de politique monétaire, Davos n’est pas seulement un rendez-vous diplomatique. C’est aussi une scène où se construit la perception du risque, donc le coût du financement, la stabilité du change et, à terme, la trajectoire de l’inflation.
La composition de la délégation donne une indication sur la priorité du moment. Aux côtés du Chef de l’État, quatre ministres sont annoncés, Thérèse Kayikwamba Wagner aux Affaires étrangères, Marie Nyange à l’Environnement, Doudou Fwamba aux Finances, Louis Watum Kabamba aux Mines. Cette équipe concentre les leviers qui comptent pour les marchés, la sécurité, la capacité à lever des fonds, la gouvernance des ressources, la crédibilité des projets.
Davos met en vitrine un projet présenté comme phare, le Corridor Vert Kivu-Kinshasa, créé par décret le 15 janvier 2025. Le document de cadrage évoque une surface d’environ 544 000 km². L’ambition affichée est de lier protection de la nature et développement économique, avec l’idée de monétiser une partie du capital naturel, notamment via des mécanismes carbone. Pour les bailleurs et certains acteurs privés, le point sensible est la qualité et la transparence des mécanismes. Les marchés du carbone sanctionnent vite les zones grises, car elles se transforment en risque juridique et en risque réputationnel.
Du côté européen, l’UE annonce un paquet de soutien dans le cadre de Global Gateway, présenté à plus de 180 millions d’euros, dont 60,5 millions d’euros pour la phase de démarrage liée au Corridor Vert. L’UE annonce aussi 16 millions d’euros additionnels, orientés vers la facilitation du commerce et des chaînes de valeur le long du Corridor de Lobito, un axe ferroviaire reliant la ceinture de cuivre au port de Lobito en Angola.
Pourquoi ces montants et ces annonces intéressent un lecteur de politique monétaire. Parce que tout financement externe, qu’il soit public ou privé, a un impact direct sur les entrées de devises, donc sur la liquidité en monnaie étrangère, la pression sur le marché des changes et la capacité du pays à absorber les chocs. Ce lien est simple dans la théorie, des entrées plus régulières améliorent la capacité à payer les importations et réduisent la panique quand la demande de devises grimpe. L’effet n’est jamais automatique, il dépend de la gouvernance, de la vitesse de décaissement, de la manière dont les fonds sont dépensés.
La guerre à l’Est reste le point de tension, car elle pèse sur le risque pays. Quand la perception du risque augmente, les investisseurs exigent des rendements plus élevés. Cela renchérit les emprunts, freine les engagements à long terme et peut pousser à la dollarisation des comportements, les ménages et les entreprises cherchent alors à se protéger. Le rapport évoque justement cette difficulté, d’un côté des projets et des ressources qui attirent, de l’autre une insécurité qui augmente la prime de risque et complique les décisions d’investissement.
Le second pilier de Davos concerne les minerais, surtout le cuivre et le cobalt. Kinshasa insiste sur un objectif de transformation locale. L’enjeu n’est pas seulement industriel, il est macroéconomique. Exporter des produits peu transformés signifie dépendre davantage des cours internationaux, donc subir des cycles plus violents sur les recettes, les réserves et les recettes publiques. Remonter la chaîne de valeur, c’est chercher des revenus plus stables, plus d’emplois formels, plus de recettes fiscales, à condition d’avoir l’énergie, les infrastructures et un cadre réglementaire qui tienne dans le temps.
Un accord cité illustre la bataille mondiale autour du cobalt. À partir de 2026, l’usine de Metalkol en RDC, liée à ERG, doit fournir 3 000 tonnes par an d’hydroxyde de cobalt à un projet industriel américain. Le document souligne aussi l’argument de conformité aux exigences américaines associées à l’Inflation Reduction Act, un élément qui pèse dans l’accès aux subventions et dans la structuration des chaînes d’approvisionnement. Pour la RDC, ce type de circuit peut diversifier les débouchés et réduire une dépendance à un seul pôle de raffinage.
Le Corridor de Lobito complète ce tableau. L’objectif affiché est de réduire l’enclavement et de rendre les exportations moins coûteuses, plus rapides, moins exposées aux goulots d’étranglement. Dans la lecture monétaire, toute amélioration logistique qui fluidifie les exportations agit sur les entrées de devises et sur la régularité des recettes, donc sur la capacité à stabiliser l’économie.
Le gouvernement met aussi en avant une présence du secteur privé et bancaire, dont le réseau Makutano, Rawbank, Gécamines et la FEC, pour montrer que les discussions ne sont pas seulement politiques. À Davos, cette dimension est importante, les investisseurs veulent des contreparties capables d’exécuter, de financer, de sécuriser des contrats.
Au fond, la RDC cherche à envoyer un signal de crédibilité, une vision de projets structurants, un récit économique, une volonté de transformer localement, un positionnement sur le climat, une stratégie logistique, une gestion du risque. Si ce signal est jugé solide, il peut réduire la prime de risque, améliorer l’accès au financement et soutenir une trajectoire plus stable sur la monnaie et les prix. Si le signal est brouillé par des doutes sur l’exécution, la transparence ou la sécurité, l’économie reste exposée à un coût du financement élevé et à une volatilité qui se répercute sur la vie quotidienne.
— Joldie KAKESA

