La RDC met en place une réforme qui modifie un point central des finances publiques : l’ordonnancement des dépenses. Sous l’impulsion du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, et avec une mise en œuvre conduite par le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, une partie du pouvoir de décider et d’exécuter les paiements ne reste plus concentrée au même endroit.
L’enjeu est simple : qui autorise la dépense publique, à quel niveau, et avec quels contrôles.
Pendant des années, l’ordonnancement a été fortement centralisé au ministère des Finances. Même quand des crédits existaient sur papier, le passage au paiement pouvait dépendre d’un centre unique, souvent saturé. Cela a alimenté des retards, l’accumulation d’arriérés et des soupçons sur la manière dont certaines factures avançaient plus vite que d’autres.
La réforme en cours repose sur une idée : rapprocher la décision de dépense des ministères qui portent les politiques publiques au quotidien. Concrètement, des ministères sectoriels obtiennent la capacité d’ordonner leurs propres dépenses, avec l’appui de comptables publics assermentés, de comptes ouverts à la Banque centrale du Congo (BCC) et de systèmes informatisés connectés à la chaîne de la dépense.
Ce déplacement de responsabilité change aussi la lecture politique de l’action publique. Un ministre n’est plus seulement jugé sur ses annonces ou ses programmes, mais aussi sur la façon dont il utilise l’argent public pour les exécuter : délais, respect des procédures, qualité de la dépense et traçabilité des paiements.
Ce que la réforme change pour l’école, la santé et les travaux publics
Les ministères pilotes cités sont l’Éducation, la Santé, le Développement rural et les Infrastructures. Ce choix vise des secteurs où l’attente des citoyens est directe, car les effets se voient dans la vie courante.
Quand un enseignant est payé à temps, l’impact dépasse la fiche de paie : cela réduit les interruptions, stabilise le fonctionnement des écoles et limite les tensions sociales dans les établissements. Quand un centre de santé reçoit ses crédits sans retard, cela peut améliorer l’achat de consommables, la prise en charge et la continuité des services. Quand une entreprise est payée pour un chantier, cela joue sur l’emploi, l’activité des fournisseurs et l’avancement des routes ou des ponts.
L’autre point mis en avant est la traçabilité. Avec l’interfaçage de la chaîne de la dépense, la mise en place de la DGTCP et la montée en puissance des comptables publics, chaque paiement est censé laisser une trace claire : qui a signé, à quel moment, et à quel niveau. L’objectif est que les retards soient identifiables et que les responsabilités soient plus faciles à établir.
Sur le plan macroéconomique, cette déconcentration est présentée comme un moyen de mieux encadrer les dépenses hors circuit, de limiter les engagements non couverts et de réduire les dérapages budgétaires. En toile de fond, il s’agit aussi de renforcer la crédibilité de l’État auprès des partenaires, des investisseurs et des citoyens : un État qui paie selon des règles lisibles et contrôlables inspire plus de confiance et peut mieux planifier.
Enfin, la réforme vise à s’ancrer dans des systèmes et des procédures. Une fois les outils en place, les comptes opérationnels, les comptables formés et les circuits stabilisés, le retour en arrière devient plus difficile. L’idée est de faire passer la gestion de la dépense d’une pratique centrée sur des personnes à une pratique centrée sur des règles.
— M. KOSI

