Le Trésor n’a finalement pas mobilisé les 50 millions USD recherchés le 11 août 2026, mais 49,15 millions USD d’Obligations du Trésor à 8 %, avec un taux de couverture de 98,3 %. L’économiste André Mutundu questionne la poursuite de ces emprunts alors que seulement 137,9 millions USD du premier Eurobond ont été décaissés. La question du coût de trésorerie est réelle, mais plusieurs chiffres avancés dans ce débat nécessitent d’être distingués des faits établis.
Les résultats officiels publiés par le ministère des Finances permettent d’abord d’actualiser le point de départ du débat. Cinq investisseurs ont présenté 49,15 millions USD de soumissions pour les 50 millions recherchés. L’intégralité a été retenue. Le prix moyen pondéré est ressorti à 98,78 %, avec des offres comprises entre 98 % et 100 %. Le taux de couverture de 98,3 % signifie que, contrairement à plusieurs adjudications précédentes, la demande n’a cette fois pas complètement couvert le montant proposé.
Le contraste avec le 28 juillet est visible. À cette date, cinq investisseurs avaient souscrit 48,681 millions USD alors que le Trésor ne recherchait que 40 millions, portant le taux de couverture à 121,70 %. Cette évolution ne suffit pas à conclure à une perte d’appétit durable pour la dette publique congolaise, mais elle constitue un indicateur à suivre lors des prochaines émissions.
C’est dans ce contexte qu’André Mutundu soulève une question plus large. Pourquoi continuer à emprunter en dollars sur le marché intérieur alors qu’une partie importante des 1,25 milliard USD d’Eurobond levés en avril n’a pas encore été utilisée ?
Le vrai débat porte sur le coût des liquidités en attente
La RDC a émis 600 millions USD à 8,75 % avec une échéance finale en 2032 et 650 millions USD à 9,50 % avec une échéance en 2037. Reuters précise que les deux obligations sont amortissables, leur principal devant donc être remboursé progressivement et non intégralement à la dernière échéance.
Au 7 août, le ministère des Finances faisait état de 137 894 270,17 USD effectivement décaissés, principalement au bénéfice de Grand Katende et des aéroports de N’djili et de Luano. Cela représente environ 11 % du montant total levé. Le Gouvernement a parallèlement annoncé d’autres décaissements devant porter l’utilisation des fonds beaucoup plus haut avant la fin de 2026.
Sur le nominal initial, les deux tranches représentent environ 114,25 millions USD d’intérêts sur une année complète, selon un calcul de Lepoint.cd. C’est ici que la critique sur le calendrier de mobilisation mérite attention. Si une ressource empruntée reste plusieurs mois en trésorerie avant son utilisation, l’État supporte son coût de financement pendant cette période.
Le ministère répond que les sommes non encore décaissées sont temporairement placées et génèrent des revenus financiers qui diminuent le coût net de portage. Pour mesurer précisément l’efficience de cette gestion, il faudrait donc rapprocher le coût de l’Eurobond du rendement réellement obtenu sur ces placements et du calendrier effectif des paiements aux projets.
En revanche, le chiffre de 880 millions USD d’intérêts sur toute la durée de l’Eurobond, avancé dans l’analyse d’André Mutundu, ne peut pas être retenu en l’état comme une donnée établie. Puisque les deux obligations sont amortissables, le coût total dépend du calendrier précis de remboursement du principal. Il ne suffit pas d’appliquer les taux de 8,75 % et 9,50 % au montant initial jusqu’aux dates finales de 2032 et 2037.
Emprunter à 8 % ne signifie pas automatiquement « payer deux fois »
L’autre affirmation à nuancer concerne le taux des Obligations du Trésor. 8 % en dollars constitue un coût substantiel, mais les conditions du marché intérieur se sont améliorées par rapport aux émissions précédentes. En mai, le Trésor avait déjà allongé la maturité de 18 mois à deux ans tout en faisant passer le taux de 9 % à 8 %. Cette adjudication avait attiré 86,6 millions USD de demandes pour 70 millions proposés.
La coexistence d’un Eurobond encore partiellement décaissé et de nouvelles émissions domestiques ne démontre pas non plus, à elle seule, que l’État finance deux fois la même dépense. L’Eurobond est affecté à des projets d’infrastructures, d’énergie et de secteurs sociaux, tandis que les titres domestiques s’inscrivent dans la gestion générale des besoins de trésorerie et du financement budgétaire. La vraie question consiste donc à déterminer si le recours simultané à ces deux sources minimise effectivement le coût consolidé de financement de l’État.
L’idée selon laquelle les Obligations du Trésor retireraient automatiquement 49 millions USD au financement des PME doit également être démontrée par les bilans bancaires. Un effet d’éviction est possible lorsque les banques privilégient fortement les titres publics, mais le montant d’une adjudication ne permet pas, à lui seul, d’établir une diminution équivalente du crédit au secteur privé.
Même prudence concernant la politique monétaire. L’affirmation selon laquelle chaque nouvel emprunt en dollars obligerait la Banque centrale à maintenir son taux directeur élevé établit une causalité trop directe. La BCC a justement réduit son taux directeur de 13,5 % à 12,5 % le 17 juillet 2026.
Le débat posé par André Mutundu conserve ainsi une question centrale pour les finances publiques congolaises. Au-delà du nombre d’émissions, l’efficacité de l’endettement devra être mesurée par le coût net des fonds, leur durée d’inutilisation, le rythme réel des investissements financés et leur capacité future à générer davantage de recettes ou de croissance. La publication du rendement obtenu sur les liquidités temporairement placées et d’un calendrier consolidé du service de la dette permettrait de mesurer cette question avec davantage de précision.
— M. KOSI









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