Le Fonds monétaire international (FMI) a accordé à la République démocratique du Congo une dérogation (« waiver ») lors de la deuxième revue de son programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). En cause; un critère de performance continu n’a pas été respecté en 2025, après une modification par la Banque centrale du Congo (BCC) de la méthode de calcul du taux de change de référence, sur fond de forte volatilité et de tensions sécuritaires.
Le programme soutenu par le FMI prévoit une règle stricte : ne pas introduire, ni modifier, des « pratiques de change multiples ». Derrière cette expression technique, l’enjeu est concret. Le FMI veut éviter qu’il se crée, dans les faits, plusieurs taux de change qui coexistent et qui faussent l’accès aux devises, créent des écarts de prix et brouillent la transparence du marché.
Selon le rapport, le manquement est lié à une décision prise par la BCC en 2025, dans une période marquée par des mouvements spéculatifs et une volatilité accrue du franc congolais face aux principales devises. Au lieu de s’appuyer sur la méthode habituelle une moyenne pondérée des transactions observées sur le marché la banque centrale a, temporairement, calculé le taux de référence à partir de « l’offre la plus basse observée la veille ».
Ce changement de repère a eu un effet immédiat sur la lecture du marché; il a été considéré comme l’introduction d’une pratique de change multiple au sens des règles du FMI, déclenchant ainsi le non-respect du critère de performance continu.
Un signal sur la fragilité du marché des changes, dans une économie tirée par les minerais
Le FMI souligne toutefois un point capital; la mesure n’a été appliquée que de façon transitoire. Depuis le 17 octobre 2025, la BCC est revenue à la méthodologie antérieure, fondée sur la moyenne pondérée des taux du marché. Les autorités congolaises se sont aussi engagées à mettre en place un mécanisme « automatisé et transparent » de calcul du taux de référence, reposant sur des données de marché, afin d’éviter une répétition de cet épisode.
Sur cette base, l’institution de Bretton Woods a accepté la demande de dérogation formulée par Kinshasa. Le FMI justifie sa décision par le caractère temporaire de la pratique, la correction rapide du dispositif et l’engagement explicite à renforcer la transparence du régime de change. Résultat; le programme peut se poursuivre sans interruption, et le FMI estime que l’objectif central préserver la stabilité macroéconomique et la crédibilité de la politique monétaire n’a pas été compromis de manière durable.
Mais cet épisode révèle aussi une vulnérabilité structurelle : la sensibilité du marché congolais des changes aux chocs et aux anticipations. Dans une économie où les entrées de devises proviennent largement des exportations minières, la moindre perturbation qu’elle soit sécuritaire, externe ou liée à la confiance peut raviver les tensions sur le taux de change, au moment même où le FMI rappelle que la stabilité récente du franc congolais reste liée à une politique monétaire restrictive et à un environnement externe favorable.
– M. KOSI

