En RDC, la Gécamines veut racheter les actifs de Chemaf pour moins d’un million USD et bloque la vente au groupe chinois Norinco

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La société minière publique congolaise propose un peu moins d’un million de dollars pour reprendre des actifs de cuivre et de cobalt d’un acteur privé lourdement endetté, selon Reuters. Cette offre intervient alors qu’un accord de vente conclu en juin avec un groupe chinois, évalué entre 900 millions et 1 milliard USD dettes et impôts inclus, se retrouve à l’arrêt faute d’approbation.

Au cœur du dossier, un mécanisme juridique décisif dans le secteur minier congolais. La société publique détient le bail des mines concernées. Elle devait donc valider la transaction. Elle a refusé, puis a déposé une offre « non sollicitée » qui a durci le face-à-face et ouvert un bras de fer où se mêlent dette, contrôle des ressources et pressions diplomatiques.

Un dossier de dettes, de production stoppée et de pressions extérieures

Le point de départ est la situation financière de l’opérateur privé. D’après les sources citées, ses dettes se situent entre 900 millions et 1 milliard de dollars. Pour relancer ses projets et atteindre un fonctionnement rentable, il lui faudrait encore 300 millions USD. Dans ce contexte, la vente des actifs devient une solution de sortie pour les créanciers, mais aussi un enjeu de contrôle sur deux métaux qui alimentent les chaînes industrielles liées aux véhicules électriques et aux infrastructures d’énergie propre.

Côté acquéreur chinois, l’offre évoquée par les sources se situe entre 900 millions et 1 milliard USD, avec la promesse de régler les dettes et les impôts dus. Le groupe s’engage aussi, selon une source, à pousser un plan d’augmentation des volumes vers environ 75 000 tonnes métriques de cuivre et 25 000 tonnes de cobalt. L’objectif affiché est de remettre la production sur une trajectoire plus élevée, après une période de tension sur le financement.

En face, la société publique avance une logique différente. Elle met sur la table un montant inférieur à un million de dollars pour les mines et l’usine de traitement, et conditionne la suite à une vérification des dettes avant d’établir un plan de paiement, selon les mêmes sources. Le président de l’entreprise, Robert Lukama, confirme l’existence d’une offre « meilleure » à ses yeux, parce qu’elle passe d’abord par une vérification préalable de l’endettement. Il affirme aussi que le gouvernement a refusé la transaction avec l’acheteur chinois et l’a notifié par lettre à la société privée.

Derrière cette divergence, une question simple domine : qui porte le passif. Le vendeur est endetté, et l’acheteur qui s’impose est celui qui peut absorber ou refinancer cette dette. Les chiffres mis en avant montrent l’ampleur du décalage entre les deux approches. D’un côté, un prix d’actifs très bas assorti d’un audit avant toute structuration de paiement. De l’autre, une proposition qui intègre, dès le départ, la reprise du passif à grande échelle.

Le blocage a aussi un coût immédiat sur le terrain. Toujours selon les sources, l’entreprise privée ne traite plus que les stocks de sa mine d’Etoile. Les travaux d’expansion de la mine de Mutoshi sont arrêtés, faute de financement. La société éprouve des difficultés à payer les salaires de ses 3 500 employés, ses factures d’électricité et le dispositif de sécurité des sites. Dans l’industrie minière, ce type de contraintes de trésorerie se traduit vite par des arrêts techniques, une maintenance réduite et un risque opérationnel plus élevé.

Les prêteurs se retrouvent donc face à une équation serrée. Les sources évoquent des difficultés de paiement depuis plus de 12 mois, avec des montants non réglés selon les conditions prévues dans les prêts, crédits et factures. Parmi les acteurs cités figure Trafigura, présenté comme partenaire et créancier. Le négociant ne commente pas, tout comme l’entreprise privée. Les sources indiquent aussi que, si l’accord échoue, les bailleurs de fonds pourraient être tentés de prêter davantage pour protéger leurs investissements, ou accepter une période d’incertitude prolongée dans l’espoir de récupérer une partie des sommes engagées.

À cette pression financière s’ajoute une pression diplomatique. L’initiative de l’acheteur chinois attire l’attention des États-Unis. Des responsables du Département d’État des États-Unis font pression pour que la transaction soit bloquée, selon trois sources citées, et souhaitent que le Congo identifie une alternative. Les sources décrivent une vigilance américaine face au renforcement de l’influence chinoise sur la « ceinture de cuivre » d’Afrique centrale.

Le contexte sectoriel renforce cette lecture. Les entreprises chinoises figurent déjà parmi les investisseurs dominants dans les mines congolaises. CMOC est présenté comme le premier exploitant mondial de cobalt, grâce à l’augmentation de la production de Tenke Fungurume, une mine rachetée il y a quatre ans à Freeport-McMoRan. Dans le même temps, l’acheteur chinois au centre du dossier est sous sanctions américaines depuis 2021, selon le texte. En RDC, il possède déjà les mines Comika et Lamikal en partenariat avec la société publique.

Cette affaire révèle enfin une réalité économique qui dépasse le seul secteur minier. Quand une entreprise accumule une dette proche d’un milliard de dollars, sa survie dépend vite d’un repreneur capable de stabiliser la trésorerie, de payer les charges courantes et de sécuriser les emplois. Tant que la transaction reste bloquée, l’activité demeure sous perfusion, et chaque mois de retard pèse sur la production, sur les salariés, et sur la capacité des créanciers à récupérer leurs fonds.

— Peter MOYI

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