À plus de 12 000 USD la tonne sur le London Metal Exchange (LME), le cuivre atteint un nouveau sommet. Sur un an, le prix progresse d’environ +40%, sa plus forte hausse annuelle depuis 2009, sur fond de tensions commerciales et de production minière perturbée.
Droits de douane, mines fragilisées et demande électrique, pourquoi le marché se tend
Le mouvement s’est accéléré après une menace venue des États-Unis. En juillet, Donald Trump a déclaré envisager un droit de douane de 50% sur les importations de cuivre. L’idée affichée est de pousser les industriels à installer des usines sur le sol américain et à rapatrier des étapes de transformation comme le raffinage et les produits semi-finis, afin de réduire une dépendance jugée stratégique.
Cette annonce a provoqué un réflexe immédiat chez les importateurs. De grandes quantités de cuivre ont été expédiées vers les États-Unis, car beaucoup ont voulu acheter avant une éventuelle mise en place de tarifs. Ce type de ruée peut créer un décalage temporaire entre l’offre disponible ailleurs et la demande qui se concentre sur un seul marché, ce qui tend les prix.
Pour l’instant, un produit reste épargné, les cathodes de cuivre. Il s’agit de plaques de cuivre très pur, en général 99,99%, qui servent de référence standard dans l’industrie. Mais l’incertitude nourrit la spéculation. Selon Goldman Sachs, la probabilité de mise en place de ces droits de douane au premier semestre 2026 est estimée à 55%, un chiffre qui alimente les paris sur une poursuite de la hausse.
En même temps, les problèmes d’approvisionnement, déjà redoutés par le marché, se sont matérialisés dans plusieurs pays producteurs. Un accident mortel dans la deuxième plus grande mine de cuivre au monde en Indonésie, une inondation souterraine en RDC, et une explosion mortelle dans une mine au Chili ont pesé sur la production mondiale. Quand plusieurs incidents surviennent la même année, l’effet se cumule, car les stocks ne se reconstituent pas aussi vite que la consommation.
Le cuivre est aussi tiré par une demande structurelle, liée à l’électrification. Ce métal est partout dans la transition énergétique : véhicules électriques, batteries, panneaux solaires, réseaux de transport d’électricité, éoliennes terrestres et en mer. Il profite aussi d’un autre moteur, la construction de centres de données qui soutiennent le développement de l’intelligence artificielle. Résultat, la demande monte alors que l’offre peine à suivre.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les mines en exploitation et les projets censés entrer en production d’ici la fin de la décennie ne couvriraient que 70% de la demande mondiale en 2030. Sur la même période, l’AIE estime que la demande de cuivre pourrait être multipliée par 1,5. Dit autrement, même en lançant des projets, le marché resterait sous tension si la consommation continue d’accélérer.
Le problème n’est pas seulement géologique. Sur le papier, la planète dispose de ressources. Sur le terrain, ouvrir une mine prend du temps et demande des conditions difficiles à réunir : permis, eau, énergie, routes, fiscalité, tensions sociales, études de terrain. Souvent, il faut près d’une décennie avant d’atteindre une production importante. Ce décalage explique pourquoi les prix réagissent très vite quand la demande s’emballe ou quand la production est ralentie.
À plus long terme, la crainte n’est pas une rupture passagère. C’est l’idée d’un manque durable, si l’électrification se poursuit au rythme attendu. L’AIE insiste aussi sur des réponses possibles, le recyclage et une utilisation plus efficace des matières, mais cela n’efface pas le risque d’un marché tendu à l’échelle de la décennie.
Enfin, un facteur pèse lourd dans l’équation, la production est concentrée dans quelques pays. Selon l’USGS (données 2023), la production minière se répartit ainsi :
- Chili : 5,25 millions de tonnes (Mt)
- RDC (Congo-Kinshasa) : 2,93 Mt
- Pérou : 2,76 Mt
- Chine : 1,82 Mt
- États-Unis : 1,13 Mt
Cette concentration rend le marché sensible au moindre choc local, qu’il s’agisse d’un accident, d’une inondation, d’un arrêt technique ou d’une décision politique. C’est ce mélange, menace tarifaire, production perturbée et demande électrique en hausse, qui explique pourquoi le cuivre s’est hissé à des niveaux aussi élevés.
— M. KOSI

