Le message est clair : après plusieurs semaines d’hésitations, la Banque centrale a injecté des dollars pour calmer le marché. Le 18 août, la BCC a cédé 50 millions USD aux banques commerciales au taux de 2 776 CDF pour 1 USD — un niveau volontairement en-deçà des cotations courantes afin d’ancrer les anticipations.
Ce que montrent les chiffres au 15–21 août
Au 15 août, le marché parallèle à Kinshasa affichait 2 884,38 CDF à l’achat et 2 902,50 CDF à la vente, soit un cours moyen proche de 2 893,44 CDF pour 1 USD. Cette photographie, issue du relevé officiel “cours parallèles par ville”, confirme que la rue se tenait tout près de l’indicatif sans véritable dérapage.
Côté interbancaire (indicatif), les écrans publics de la BCC indiquent une zone 2 84–2 85 mille CDF autour des 19–21 août : 2 838,26 CDF le 19/08 puis 2 854,13 CDF le 20/08, avant 2 844,43 CDF le 21/08. Autrement dit, un marché officiel assez stable, avec de petites oscillations journalières.
L’écart entre officiel et parallèle restait modeste avant l’intervention : en prenant 2 854,13 CDF (indicatif du 20/08) et 2 893,44 CDF (moyenne Kinshasa au 15/08), on obtient environ 1,4 % de prime du parallèle. C’est le type d’écart que la Banque centrale cherche à maintenir, voire à réduire, pour éviter les arbitrages et les hausses importées.
Sur le plan monétaire, le taux directeur demeure à 25 %, avec des bons BCC rémunérés à des niveaux élevés (notamment 7 jours ~22–24 %). Ce cadre restrictif complète les ventes de devises pour freiner la demande de dollars et stabiliser le change.
Pourquoi cette vente à 2 776 CDF ? Pour envoyer un signal prix clair. Un niveau inférieur aux cotations visibles pousse les banques à arbitrer vers le guichet officiel, réduit la tension côté bureaux de change et rassure les importateurs sur la disponibilité de devises. La communication jointe invite d’ailleurs ménages et opérateurs à privilégier les canaux bancaires, avec rappel des règles LCB/FT.
Et pour le quotidien ? Le glissement de quelques dizaines de francs peut sembler ténu, mais il pèse sur tout ce qui est facturé en devises : carburants, intrants industriels, médicaments, matériaux. Quand l’écart officiel–parallèle gonfle, les tarifs de la distribution répercutent vite la prime. À l’inverse, un différentiel contenu et des ventes ciblées limitent la casse sur les prix, surtout si l’ajustement se fait avant les pics de demande saisonniers.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
- L’écart officiel–parallèle : s’il reste proche de 1–2 %, le risque de spirale se réduit. Au-delà, les anticipations changent et la demande de billets verts repart.
- La cadence des ventes de devises : une opération ponctuelle apaise, une séquence d’adjudications installe un plafond crédible.
- Le coût de l’argent : avec un taux directeur à 25 %, la politique monétaire reste ferme ; un ajustement ne viendrait qu’en cas de détente durable de l’inflation et du change.
En bref : le franc congolais navigue dans une bande étroite, l’écart avec le parallèle est contenu et la BCC a préféré agir tôt en vendant 50 M USD à un taux incitatif. La suite dépendra de la persistance de la demande de devises, de la discipline budgétaire et de la capacité à alimenter régulièrement le guichet officiel.
— M. KOSI



