Kinshasa active la piste sud-africaine. La direction de l’ANAPI a reçu la chancellerie de Pretoria pour verrouiller un agenda très opérationnel : facilitation des projets, suivi des chantiers en cours et préparation d’un forum économique RDC–RSA, annoncé en amont d’une session de la Commission mixte attendue fin août. Objectif : transformer les échanges politiques du moment en décisions utiles pour les investisseurs.
Ce que cette rencontre change, très simplement
Au lieu d’une visite de courtoisie, la réunion a mis sur la table quatre leviers immédiats. D’abord, un canal ANAPI–Ambassade pour fluidifier l’entrée des dossiers sud-africains et éviter les boucles administratives. Ensuite, un tableau de bord commun pour suivre les projets d’infrastructures déjà engagés (énergie, routes, logistique), avec des points d’étape réguliers. Troisième volet, un cadre de travail formalisé entre les deux institutions pour clarifier “qui fait quoi” et à quel délai. Enfin, la tenue d’un Forum économique en marge du prochain tête-à-tête présidentiel afin d’aligner investisseurs, banques et autorités autour de projets bancables — pas de vœux pieux, des fiches techniques et des dates.
Ce recentrage sur le “faire” tombe au bon moment. La relation bilatérale dispose d’un cadre formel — la Commission binationale RDC–Afrique du Sud — qui a permis de baliser des priorités de coopération. En mars 2025 encore, Pretoria et Kinshasa ont passé en revue les engagements pris lors de la 12ᵉ session de cette Commission, preuve que la machine diplomatique tourne et peut servir de rampe de lancement aux dossiers économiques.
Côté congolais, l’ANAPI s’est dotée depuis fin 2024 d’une nouvelle direction générale, portée par Rachel Pungu Luamba. Sa feuille de route : rendre plus lisible l’accès au marché congolais et accélérer la facilitation des projets au-delà du seuil d’investissement, en lien avec les ministères techniques. L’institution la présente d’ailleurs comme point d’entrée officiel pour les investisseurs — utile quand il s’agit de coordonner des chantiers transfrontaliers avec l’Afrique du Sud.
Pourquoi l’Afrique du Sud ? Parce que les complémentarités sont nettes. La RDC exporte d’abord des métaux de base : le cuivre raffiné pèse près de 57 % de la valeur totale des exportations congolaises (2023). Dans les flux ciblés vers l’Afrique du Sud, le cuivre raffiné a représenté environ 103 millions $ en 2023, devant d’autres produits miniers. Cela dessine un terrain d’entente : l’amont minier en RDC, des capacités d’ingénierie, d’équipements et de services côté sud-africain.
Le volet télécoms illustre ce maillage. Des groupes sud-africains sont déjà présents en RDC et servent d’“ambassadeurs” de l’écosystème : Vodacom y opère l’un de ses marchés internationaux avec une base clients et des revenus de services en progression, tandis que M-Pesa s’est imposé dans les usages de paiement mobile. Ce type d’implantation donne de la profondeur aux forums d’affaires : ce ne sont pas des prises de contact, mais des réunions de filières qui parlent financement, interconnexions et règlementation.
Le pari de Kinshasa et Pretoria est donc assez clair : brancher la Commission mixte sur une chaîne de décisions économiques, du visa d’affaires à la signature de contrats PPP. La méthode annoncée par l’ANAPI — guichet dédié aux investisseurs sud-africains, suivi d’exécution, forum avec banques et assureurs — va dans ce sens. C’est aussi une façon de sécuriser la demande en machines, véhicules, services techniques et solutions d’ingénierie que l’Afrique du Sud exporte traditionnellement vers la RDC, pendant que les flux miniers congolais consolident l’aval industriel sud-africain. Les statistiques commerciales récentes confirment cette logique “métaux contre équipements/services”, même si les volumes varient avec les prix mondiaux.
Reste une condition : le temps administratif. Les investisseurs venus de Johannesburg ou du Cap demandent des délais clairs pour les permis, l’accès au réseau (électricité, data), la douane et les transferts. C’est là que l’agenda arrêté entre l’ANAPI et l’Ambassade peut faire la différence s’il débouche sur des engagements mesurables (délais cibles, points uniques de contact, médiation si blocage). Les grandes commissions et les sommets créent l’impulsion ; les tableaux de bord, eux, livrent les résultats.
En toile de fond, l’intérêt mutuel ne faiblit pas. L’Afrique du Sud reste un hub d’entreprises et de services pour l’Afrique australe ; la RDC garde l’avantage de la ressource (cuivre, cobalt) et de la demande en infrastructures. À court terme, trois dossiers “gagnants rapides” peuvent crédibiliser la démarche : raccordement électrique de sites industriels, corridors logistiques vers les frontières sud (Kasumbalesa, SADC), et services aux mines (maintenance, connectivité, paiement). Si le forum RDC–RSA annoncé pour l’automne produit des accords datés et financés, le partenariat changera d’échelle.
— M. KOSI


