Le corridor ferroviaire de Lobito, reliant le sud-est minier de la RDC au port angolais du même nom, concentre désormais les espoirs de Kinshasa pour sécuriser et accélérer ses exportations stratégiques. Présent à Luanda le 23 juin lors du 17ᵉ Sommet États-Unis–Afrique, le vice-premier ministre congolais Jean-Pierre Bemba a réaffirmé, au nom du président Tshisekedi, l’importance de cette infrastructure pour désenclaver durablement le pays.
L’enjeu logistique est direct : 80 % des recettes d’exportation de la RDC reposent sur deux métaux — le cuivre et le cobalt — extraits principalement dans la région de Kolwezi. En 2024, le pays a exporté plus de 2,4 millions de tonnes de cuivre et environ 175 000 tonnes de cobalt, selon les statistiques consolidées de la Banque centrale du Congo. Ces volumes transitent aujourd’hui par des itinéraires saturés ou vulnérables, notamment via le poste frontalier de Kasumbalesa, où les files de camions atteignent parfois 40 kilomètres. Le corridor de Lobito promet de réduire drastiquement les délais de transit tout en diversifiant les points de sortie du territoire.
Ce projet, qui s’étire sur plus de 1 300 kilomètres entre Kolwezi et l’océan Atlantique, s’appuie sur une coopération tripartite entre la RDC, la Zambie et l’Angola. Washington soutient l’initiative dans le cadre du programme PGII (Partnership for Global Infrastructure and Investment), avec une première enveloppe annoncée de 250 millions de dollars. Bruxelles y voit également un vecteur d’approvisionnement fiable en métaux critiques, dans un contexte de rivalités technologiques croissantes entre blocs industriels.
Les experts du cabinet Afritrends rappellent que les routes alternatives — notamment vers Durban ou Dar es Salaam — restent exposées à des interruptions fréquentes, entre grèves, saturation portuaire et tensions politiques. En comparaison, la ligne de Lobito offre des coûts de transport plus stables, une meilleure connectivité intermodale et une traçabilité accrue. Le consortium qui exploite désormais le port de Lobito, incluant Trafigura, prévoit une montée en charge progressive avec une capacité annuelle cible de 1,7 million de tonnes de minerais d’ici à 2027.
Reste à consolider l’infrastructure ferroviaire sur le segment congolais. Des investissements sont requis pour améliorer les voies, assurer la sécurité des convois et automatiser les procédures de passage aux frontières. Les retards techniques, les risques de corruption et les lacunes dans la maintenance pourraient à tout moment freiner l’ambition régionale portée par Kinshasa.
Mais sur le plan géoéconomique, le signal est clair. À l’heure où la demande mondiale en cobalt pourrait tripler d’ici à 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie, disposer d’un corridor fiable et moins dépendant des ports sud-africains devient une priorité. La RDC, qui entend transformer la structure de son commerce extérieur et renforcer sa position de fournisseur stratégique de minerais pour batteries, inscrit ainsi le corridor de Lobito comme une infrastructure de stabilisation macroéconomique à moyen terme.
— Peter MOYI


