Six ans après sa création, l’Entreprise générale du Cobalt (EGC) annonce un stock de 1 000 tonnes de cobalt artisanal entièrement traçable. Ce signal intervient alors que Kinshasa a suspendu les exportations en février 2025 et que la Gécamines a cédé cinq carrés miniers à l’EGC.
En 2019, l’État fonde l’EGC pour encadrer un segment artisanal pouvant atteindre 30 % de la production nationale et pesant sur le revenu de nombreux ménages. L’ambition reste longtemps bloquée : pas de zones d’exploitation agréées, litige à Kasulo avec Huayou Cobalt, cadre institutionnel lent à se mettre en place. Dans l’intervalle, des intermédiaires privés dominent l’achat et la sortie du minerai, sans traçabilité ni contrôle efficace, avec un impact négatif sur les recettes publiques.
La trajectoire change en 2024–2025. Cinq carrés miniers sont attribués à l’EGC, lui donnant une base opérationnelle. La décision de suspendre les exportations en février 2025 resserre encore le jeu : pour le cobalt artisanal, l’EGC devient l’unique porte de sortie, ce qui renforce son pouvoir de négociation et la visibilité de l’État sur les flux.
Ce que change un stock traçable et un acheteur unique
Le marché traverse une phase difficile. Selon le Cobalt Institute, la part artisanale, estimée entre 15 % et 30 % auparavant, tombe à 2 % en 2024 sous l’effet de la chute des cours. Dans ce contexte, un stock traçable de 1 000 t constitue un test grandeur nature. Avec un seul acheteur et des volumes suivis de bout en bout, l’EGC peut-elle lisser les prix payés aux creuseurs et sécuriser leurs revenus ? La traçabilité attirera-t-elle des clients prêts à payer une prime afin de respecter leurs engagements ESG ? La mise à l’écart des circuits informels peut-elle améliorer le recouvrement fiscal ?
Si l’EGC parvient à stabiliser la collecte, la filière artisanale gagnera en prévisibilité : volumes connus, qualité contrôlée, prix mieux encadrés. Les producteurs auront une visibilité plus claire sur leurs recettes, et l’État sur ses entrées. À l’inverse, si la consolidation n’aboutit pas sur le terrain — accès aux sites, cadence d’achat, logistique —, la filière restera exposée aux cycles internationaux des batteries, avec des revenus irréguliers pour les ménages concernés.
L’étape annoncée n’épuise pas les chantiers : formalisation des sites, sécurité, infrastructures d’évacuation, règles d’achat transparentes et calendrier d’exportation lisible. La crédibilité du dispositif se jouera dans l’exécution quotidienne : volumes réellement absorbés, délais de paiement, respect des normes, puis ventes régulières à l’export. C’est à ces indicateurs que se mesurera, dans les prochains mois, la capacité de l’EGC à reprendre la main sur une rente longtemps éparpillée.
— M. KOSI


