Les dernières données de la Banque Centrale du Congo révèlent une conjoncture inattendue : le franc congolais tient bon, l’inflation ralentit, et le pays traverse le deuxième semestre 2025 sans véritable dérapage, malgré des risques persistants à l’international et sur le front intérieur.
Le dollar américain s’échange aujourd’hui à 2 865,15 CDF au taux interbancaire, légèrement plus bas qu’en juin dernier. La monnaie nationale affiche ainsi une stabilité rarement observée sur deux mois, avec une fluctuation qui ne dépasse pas 0,5 %. Sur le marché parallèle, l’écart reste faible : autour de 2 870 à 2 880 CDF pour un dollar, rien d’alarmant. Les observateurs saluent l’effet conjugué de la prudence de la Banque Centrale et d’une disponibilité stable des devises tirée des exportations minières. « L’écart entre les marchés officiel et parallèle s’est réduit, preuve d’un pilotage attentif« , commente un analyste local.
Sur le terrain des prix, la tendance est à l’apaisement. L’inflation hebdomadaire plafonne à 0,11 %. Depuis janvier, le mouvement désinflationniste s’est accéléré, ramenant la progression annuelle à 8,39 % (contre plus de 21 % à la même période l’an dernier). Les ménages ressentent encore la pression sur certains produits, mais le gouvernement s’accroche à une gestion budgétaire serrée : moins de dépenses d’urgence hors secteur sécuritaire (1,58 % seulement), priorité au paiement des salaires et à l’approvisionnement de la capitale. L’ajustement a aussi été permis par la politique monétaire, particulièrement stricte : taux directeur maintenu à 25 %, taux de facilité de prêt à 26 %. Les banques hésitent à accorder du crédit, mais la BCC privilégie la défense de la monnaie.
Autre point de solidité : les réserves internationales. Elles atteignent 6,73 milliards de dollars début mai, soit l’équivalent de 13 mois d’importations. Un matelas confortable qui dépend néanmoins des recettes minières et de la stabilité politique. Certains économistes s’inquiètent d’une possible fragilité si le climat régional se détériore ou si les exportations ralentissent.
Mais la RDC n’est pas à l’abri. Les tensions sécuritaires à l’Est grèvent toujours le budget (14 % des dépenses d’urgence). La formation du nouveau gouvernement tarde, freinant la mise en œuvre des réformes et le déblocage de certains investissements publics. En toile de fond, la moindre hausse du baril de pétrole ou du coût du transport maritime pourrait rapidement raviver l’inflation importée.
Malgré ces faiblesses, la performance économique actuelle reste remarquable. Depuis décembre, le franc congolais n’a perdu que 0,32 % de sa valeur. Cette stabilité, fragile, s’explique par un cocktail de discipline monétaire, de gestion budgétaire rigoureuse et, il faut le souligner, par un effort de tous les acteurs publics.
Faut-il s’attendre à une poursuite de cette embellie ? Difficile à dire. La BCC recommande d’intensifier la diversification de l’économie et d’encourager la production locale. Le maintien de la rigueur budgétaire reste de mise, tout comme la surveillance des marchés mondiaux.
Rendez-vous en août, quand paraîtront les prochains indicateurs. Ils permettront de mesurer l’impact de la saison sèche sur les prix alimentaires et sur l’ensemble de la chaîne logistique. Pour l’instant, la RDC fait mieux que résister : elle s’impose, contre toute attente, comme un îlot de stabilité monétaire en Afrique centrale.
— M. KOSI


