La République démocratique du Congo a participé, les 6 et 7 juillet 2026 à Genève, à la première session du Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Organisée au Palexpo, la rencontre a réuni les États, les organisations internationales, les entreprises technologiques, les chercheurs et la société civile pour examiner les règles appelées à encadrer le développement et l’utilisation de l’IA.
La délégation congolaise était conduite par Christian Katende Mukinayi, président du Collège de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo. Elle comprenait également des représentants gouvernementaux, diplomatiques et techniques chargés de porter une position commune sur les enjeux liés aux données, aux infrastructures numériques, à la régulation et à la souveraineté technologique.
Devant les participants, Christian Katende a défendu l’idée selon laquelle le développement de l’intelligence artificielle dépend aussi des ressources minérales nécessaires aux équipements numériques, aux réseaux électriques et aux infrastructures de calcul. Il a ainsi placé les minerais stratégiques congolais dans le débat international sur les chaînes de valeur technologiques.
La RDC relie diplomatie minière et gouvernance numérique
L’argument porté à Genève consiste à rappeler que l’économie de l’intelligence artificielle ne repose pas uniquement sur les logiciels et les algorithmes. Les centres de données, les réseaux, les équipements électroniques et les systèmes énergétiques nécessitent également des métaux et des composants industriels.
La RDC cherche donc à faire reconnaître les pays producteurs comme des partenaires de la transformation numérique mondiale, et non comme de simples fournisseurs de matières premières. Cette approche peut renforcer sa position dans les discussions sur les investissements, la transformation locale, la traçabilité et le partage de la valeur.
La présence de ressources minérales ne suffit toutefois pas à construire une souveraineté numérique. Pour tirer profit de cette position, le pays devra également disposer d’une énergie fiable, de centres de données, de capacités de calcul, de réseaux performants, de chercheurs, d’ingénieurs et d’un cadre juridique adapté.
Ces besoins correspondent à plusieurs sujets examinés lors du dialogue de Genève. Les travaux ont notamment porté sur la réduction des écarts entre pays, l’accès aux capacités informatiques, la formation, la sécurité des systèmes, la protection des droits humains et la compatibilité des différentes règles nationales.
Une participation internationale qui attend une stratégie nationale
Le Dialogue mondial sur l’IA a été créé par l’Assemblée générale des Nations Unies après l’adoption du Pacte numérique mondial. Il doit permettre aux 193 États membres de participer aux discussions, y compris les pays qui ne disposent pas encore d’une industrie technologique développée. Une deuxième session est programmée à New York en mai 2027.
Cette plateforme ne produit pas immédiatement des règles contraignantes. Elle sert à rapprocher les positions, partager les expériences et préparer des approches communes sur la gouvernance internationale de l’intelligence artificielle.
Pour la RDC, la participation aux travaux devra donc être suivie par la définition d’une position nationale plus précise. Le pays devra notamment clarifier ses règles sur les données personnelles, la cybersécurité, l’utilisation de l’IA dans les services publics, la responsabilité des fournisseurs et la protection des citoyens.
La question des langues congolaises devra aussi être intégrée. Les systèmes d’intelligence artificielle disponibles restent principalement développés à partir de données provenant de quelques grandes langues internationales. Sans production de contenus numériques en lingala, swahili, tshiluba et kikongo, les populations congolaises risquent de rester peu représentées dans les futurs outils.
La rencontre de Genève s’est tenue parallèlement au Sommet mondial AI for Good, organisé du 7 au 10 juillet par l’Union internationale des télécommunications, ainsi qu’au Forum du Sommet mondial sur la société de l’information. Ces événements ont abordé les normes, les compétences, les usages de l’IA et les infrastructures nécessaires à son développement.
La RDC dispose d’un argument minier dans les discussions internationales. Elle devra maintenant le relier à une politique numérique capable de développer les compétences, les infrastructures et les entreprises locales. Sans cette base nationale, sa présence dans les débats mondiaux restera diplomatique, sans effet suffisant sur la transformation économique du pays.
— M. KOSI









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