La République démocratique du Congo veut que les futurs corridors miniers africains servent aussi à installer des usines, développer l’énergie et connecter les zones de production aux marchés régionaux. Cette position a été défendue le 10 juillet 2026 à Abidjan, lors du Forum ministériel sur les minéraux critiques, les chaînes de valeur et leur valorisation organisé sous l’égide de la Banque africaine de développement.
La délégation congolaise était conduite par Michel Kaswa, Directeur de cabinet du ministre des Mines, qui représentait Louis Watum Kabamba. Selon le ministère des Mines, la RDC a présenté une politique fondée sur quatre axes complémentaires, la transformation locale, la certification des produits miniers, l’innovation technologique et la création d’activités industrielles autour des ressources extraites.
Le Forum a réuni des responsables africains chargés des mines, de l’énergie, de l’industrie et des ressources naturelles, ainsi que des représentants de la Commission de l’Union africaine, de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, des institutions financières et du secteur privé. L’objectif était d’identifier des mécanismes permettant au continent de conserver une plus grande part de la valeur créée par ses minerais.
Pour la RDC, cette discussion concerne directement le cuivre, le cobalt, le lithium, l’étain, le tantale, l’or et les autres substances présentes dans son sous-sol. Le pays fournit des matières premières utilisées dans les batteries, les réseaux électriques et plusieurs industries technologiques, mais une grande partie de leur transformation reste réalisée en dehors du territoire national.
Des voies d’évacuation à convertir en axes de production
La délégation congolaise a insisté sur la fonction économique des corridors de transport. Michel Kaswa a estimé que ces infrastructures ne devraient pas uniquement accélérer l’exportation des minerais bruts. Elles devraient également relier les bassins miniers aux installations de transformation, aux centrales électriques, aux plateformes logistiques et aux marchés africains.
Cette approche concerne notamment les axes qui relient le sud-est de la RDC aux ports de l’Angola, de la Tanzanie, du Mozambique et de l’Afrique du Sud. Leur développement peut réduire les délais de transport, mais la baisse des coûts logistiques ne garantit pas à elle seule une industrialisation de l’économie congolaise. Sans raffineries, fonderies, unités de fabrication et fournisseurs locaux installés le long de ces routes, les corridors risquent principalement d’améliorer la sortie des matières premières.
La position défendue à Abidjan rejoint les orientations de la Stratégie africaine des minerais verts adoptée par l’Union africaine. Ce document demande aux États de dépasser les politiques nationales isolées et de construire des chaînes de valeur régionales capables de soutenir la transformation, la création d’emplois et la diversification économique.
La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique estime que le continent possède environ 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques, mais capte moins de 5 % de la valeur ajoutée associée à ces ressources. Elle considère que la transformation ne doit pas s’arrêter au raffinage. Elle doit aller vers les composants de batteries, les matériaux précurseurs, la mobilité électrique, les engrais, l’acier à faible émission, le recyclage et les services technologiques.
Pour la RDC, le développement de ces activités exige une offre électrique plus abondante et plus stable. Les unités de raffinage du cuivre, de production de précurseurs de batteries ou de traitement d’autres substances consomment beaucoup d’énergie. L’ambition industrielle dépendra donc des investissements dans les barrages, les réseaux de transport électrique et les solutions énergétiques destinées aux régions minières.
Elle dépendra aussi de la capacité du pays à intégrer les entreprises congolaises dans la sous-traitance, la maintenance, la logistique, les services numériques et la fabrication d’équipements. Une transformation limitée à quelques grandes usines étrangères conserverait une part de valeur sur le territoire, mais créerait moins de liens avec le reste de l’économie nationale.
La connaissance du sous-sol comme base de négociation
La RDC a également plaidé pour une amélioration de la connaissance géologique du continent. La délégation a résumé cette position en affirmant qu’un État qui maîtrise mal les ressources de son sous-sol négocie ses contrats avec une information incomplète.
Une cartographie géologique précise permet d’estimer les réserves, d’organiser l’attribution des permis et de mieux évaluer les propositions des investisseurs. Elle peut aussi éviter que l’État dépende entièrement des données produites par les entreprises qui sollicitent les droits miniers.
La gouvernance et la traçabilité ont aussi occupé une place dans l’intervention congolaise. Pour vendre des minerais transformés sur les marchés internationaux, la RDC devra garantir leur origine, les conditions de production, le respect des obligations fiscales et la fiabilité des mécanismes de certification. Ces exigences deviennent plus fortes à mesure que les acheteurs cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
La délégation a indiqué soutenir le Pacte minier d’Abidjan, présenté comme un cadre destiné à renforcer la transformation locale, les infrastructures et l’intégration des chaînes de valeur africaines. Le texte détaillé et définitif de ce pacte n’était toutefois pas encore disponible dans les publications officielles consultées après la rencontre.
Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a demandé aux pays africains de modifier leur relation avec les investisseurs afin que l’exploitation minière finance davantage d’activités industrielles. Les échanges d’Abidjan ont aussi mis en avant la préparation de projets suffisamment structurés pour attirer des capitaux de long terme, car la transformation exige des financements plus lourds que l’extraction seule.
Le défi pour la RDC sera désormais de traduire cette position diplomatique en projets industriels mesurables. Le pays devra préciser les minerais à transformer localement, les capacités électriques nécessaires, les sites retenus, les partenaires financiers et les produits destinés aux marchés régionaux ou internationaux.
Les corridors peuvent offrir une sortie plus rapide aux exportations congolaises. Leur contribution au développement dépendra surtout des activités construites autour des rails, des routes et des postes frontaliers. Pour que le sous-sol soutienne réellement l’emploi et l’industrie, les infrastructures devront transporter des minerais, mais aussi alimenter des usines, faciliter la circulation des intrants et connecter les producteurs congolais aux chaînes de valeur africaines.
— M. KOSI









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