La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a foulé le sol de Kolwezi, capitale provinciale du Lualaba, avec un programme chargé. Accueillie ce 14 mai 2025 par une foule dense, des représentants de la société civile, des dignitaires religieux et coutumiers ainsi que par les autorités locales, elle a choisi de faire de cette première visite officielle une marque claire de soutien politique et économique à l’un des poumons miniers du pays.
Le déplacement vise plus que la simple représentation. Dans une province qui génère plus de 60 % des recettes d’exportation de la RDC grâce au cuivre et au cobalt, ce geste envoie un message fort. Les honneurs militaires rendus à la cheffe du gouvernement ont confirmé l’importance institutionnelle de ce passage, mais c’est surtout dans les coulisses économiques que les regards se tournent.
Le Katanga Business Meeting 2025, ouvert dans la soirée, concentre l’attention. Ce rendez-vous annuel attire investisseurs, industriels du secteur extractif et acteurs locaux. En mettant l’accent sur la transformation sur place, les infrastructures énergétiques et la logistique régionale, ce forum devient un levier stratégique. La participation de la Première ministre y est perçue comme un signal de continuité pour ceux qui attendent des conditions plus stables pour investir : clarté réglementaire, fiscalité prévisible, et meilleure gestion locale des taxes issues de l’exploitation minière.

Les échanges annoncés avec les représentants communautaires, chefs religieux et coutumiers s’inscrivent dans une démarche d’écoute. Ils visent à apaiser les tensions entre sociétés minières et communautés locales, où les attentes en termes de retombées économiques restent élevées. La visite inclura aussi plusieurs sites clés : routes en construction, port sec, infrastructures énergétiques. Objectif : montrer que les projets annoncés ne restent pas à l’état de promesses.
Plus de 70 % des camions transportant le cobalt de Kolwezi vers les frontières accusent un retard de plusieurs jours. Les goulots logistiques freinent l’écoulement des ressources et grèvent la rentabilité des entreprises. L’aménagement des axes secondaires devient une priorité si l’on veut réduire les coûts et les pertes sur les chaînes d’approvisionnement.
La démarche de la Première ministre s’inscrit dans une vision portée depuis la présidence : reconnecter le pouvoir central aux réalités des territoires. Elle rappelle l’intention du gouvernement de rapprocher les politiques publiques des populations, en particulier là où la richesse extraite du sous-sol ne se traduit pas toujours par une amélioration des services de base.
La gouverneure Fifi Masuka, figure influente au Lualaba, a accueilli sa visite avec enthousiasme. Ce rapprochement avec Kinshasa pourrait renforcer son poids politique, dans une province où les rivalités locales sont encore vives. Plusieurs élus attendent des engagements précis sur le retour des 25 % de redevances minières prévues par la loi au profit des collectivités. Jusqu’ici, les chiffres publiés par le ministère des Finances montrent un écart entre les montants versés par les entreprises et ceux réellement reversés aux entités décentralisées.
Si ce séjour à Kolwezi a pour ambition de réaffirmer la présence de l’État dans les zones riches en ressources, son impact dépendra de la suite concrète. La population attend des routes praticables, des écoles équipées, de l’électricité continue. Les opérateurs veulent de la prévisibilité. Les élus exigent des comptes. L’équilibre est délicat, mais l’effort de terrain est un pas vers une relation renouvelée.
— M. KOSI


