Les rideaux se sont levés sur la 6ᵉ édition du Katanga Business Meeting (KBM 2025), et c’est Kolwezi, capitale économique du cuivre, qui a une fois de plus porté la voix de la RDC industrielle. Dans une salle comble, Judith Suminwa Tuluka, Première Ministre, a donné le ton d’un rendez-vous qui se veut plus qu’un forum : une plateforme pour redéfinir les relations économiques entre l’État, les entreprises privées et les communautés.
Le message est direct. “Nous voulons un avenir où chacun trouve sa place dans la croissance”, a déclaré la cheffe du gouvernement, appelant à reconstruire un pacte social équitable autour du développement. À ses côtés, la Gouverneure du Lualaba Fifi Masuka, les représentants diplomatiques, les grands noms de l’industrie minière et les jeunes entrepreneurs ont affiché un même objectif : faire du Katanga un moteur de prospérité mieux partagé.

Le thème de cette édition — “Bâtir notre futur” — s’inscrit dans une volonté affirmée de passer d’une économie extractive à une dynamique plus inclusive. Derrière les discours, les préoccupations concrètes ont occupé les débats. L’exploitation du corridor de Lobito, infrastructure stratégique pour désenclaver les flux miniers vers l’Atlantique, s’impose comme un levier logistique majeur. À cela s’ajoute l’urgence d’une traçabilité plus rigoureuse des minerais, dans un contexte international de plus en plus sensible à l’origine éthique des matières premières.
Les panels ont aussi ouvert la discussion sur la sous-traitance locale, encore insuffisamment régulée. Plusieurs participants ont souligné que malgré la loi de 2017, les PME congolaises peinent à s’imposer face aux multinationales. La nécessité d’une application plus stricte, accompagnée d’un cadre de financement accessible, a été remise sur la table.
Autre point central : l’innovation. Le secteur technologique local, encore embryonnaire, cherche à se connecter aux réalités minières. Quelques startups présentes à Kolwezi ont présenté des solutions numériques pour le suivi environnemental et la logistique industrielle, suggérant un futur où la mine s’allie davantage au digital.
Le discours de la Première Ministre a aussi marqué par son insistance sur l’inclusion sociale et l’égalité des chances, notamment pour les femmes, souvent tenues à l’écart des sphères décisionnelles. L’appel à intégrer le leadership féminin dans la stratégie économique du pays a été salué par l’auditoire.
Le Lualaba est souvent cité comme une vitrine de la croissance congolaise, mais encore faut-il que cette croissance se traduise en revenus pour la population. Le défi reste entier. Selon les chiffres de l’Observatoire congolais de l’économie, seuls 18 % des recettes minières captées au Lualaba ont été réinjectées dans les services sociaux de base entre 2022 et 2024.
Ce forum a donc été l’occasion de pointer les limites du modèle actuel, tout en dessinant des pistes de transformation. “Nous devons faire du Lualaba une province exemplaire, pas seulement en chiffres, mais dans les faits”, a insisté la cheffe du gouvernement, mettant chacun devant ses responsabilités.
Le KBM 2025 ne s’est pas contenté de dresser un état des lieux : il a lancé un appel à une nouvelle forme de gouvernance économique. Une gouvernance qui ne se limite pas aux grands équilibres financiers, mais qui touche aussi la réalité des citoyens, la transparence dans les contrats, et la juste redistribution des ressources.
La balle est désormais dans le camp des acteurs économiques et institutionnels pour que ce discours ne reste pas lettre morte. Les provinces attendent des signaux forts, et les communautés locales, trop souvent oubliées des plans de développement, exigent des résultats tangibles.
— M. MASAMUNA


