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Kinshasa mise sur le MERCOSUR pour diversifier ses débouchés commerciaux

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En pleine recomposition des échanges mondiaux, la République démocratique du Congo multiplie les ouvertures diplomatiques et économiques. Parmi ses cibles récentes : le MERCOSUR, l’un des blocs commerciaux les plus influents au sud du continent américain, qui réunit le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et, depuis 2024, la Bolivie. Ensemble, ces pays représentent environ 310 millions d’habitants et un marché intégré dont la puissance industrielle et agricole attire déjà l’attention de nombreux partenaires.

L’idée de rejoindre ce cercle d’échanges n’a rien d’isolé. L’Afrique a elle-même franchi une étape avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), opérationnelle depuis mai 2019, visant à constituer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs sur 54 pays. L’Europe et l’Amérique latine ont suivi des logiques similaires, la première via la construction communautaire qui a abouti à l’Union européenne (27 pays, 450 millions d’habitants), la seconde par le biais du MERCOSUR, né du Traité d’Asuncion en 1991.

Au-delà de son poids démographique, le MERCOSUR défend les principes classiques d’intégration : libre circulation des biens, tarif extérieur commun, harmonisation réglementaire et suppression progressive des droits de douane. Ses accords conclus avec l’Union européenne (en négociation), Israël ou encore l’alliance Suisse–Norvège–Islande, lui ouvrent un accès potentiel à plus de 700 millions de consommateurs supplémentaires.

Pour Kinshasa, s’y arrimer, c’est élargir une liste de partenaires déjà stratégiques : AGOA pour le marché américain, accords bilatéraux avec la Chine et l’Inde, relations commerciales avec l’Union européenne et, bien sûr, intégration continentale via la ZLECAF. Cette diversification répond à un impératif : éviter une dépendance excessive à un seul débouché, surtout dans un contexte où l’instabilité économique et les tensions commerciales reconfigurent les circuits d’échanges.

Le gouvernement congolais a déjà signé plusieurs textes préliminaires et déposé pour examen un accord de portée générale avec le MERCOSUR. L’objectif affiché : capter de nouvelles opportunités d’exportation, profiter d’un cadre tarifaire plus avantageux et harmoniser certaines normes pour faciliter l’accès des produits congolais à ces marchés.

L’expérience des autres blocs montre que ce type d’intégration ne se résume pas à un allègement des droits de douane. Elle entraîne aussi des ajustements internes : modernisation des filières productives, adaptation aux standards étrangers, et, souvent, une redéfinition des priorités industrielles. La RDC, riche en ressources naturelles mais encore dépendante de quelques produits phares à l’export, pourrait y trouver un levier pour développer des chaînes de valeur locales et diversifier son offre.

Dans un contexte mondial marqué par la montée du protectionnisme et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, l’ouverture vers le MERCOSUR traduit une volonté de se placer dans un réseau plus vaste, tout en consolidant sa présence sur ses marchés traditionnels. Reste à transformer ces accords en flux commerciaux concrets, avec des bénéfices tangibles pour les entreprises et les consommateurs congolais.

— Peter MOYI

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