La Cour des comptes relève de graves irrégularités dans le contrat de reconstruction du marché central de Kinshasa. Conclu entre la Ville et SOGEMA pour 35 millions d’euros (environ 38 millions USD au 11 mars 2022), l’accord a été majoré le 25 juillet 2023 d’un avenant de 50 millions USD, portant le total à 88 millions USD — soit 131,58 % du contrat initial.
Avenant hors cadre légal et montage financier contesté

Le rapport d’audit (exercice 2021–2023) pointe une entorse directe à la loi sur les marchés publics. L’article 58 fixe la limite d’un avenant à 15 % de la valeur du marché de base et impose un contrôle préalable. La Cour cite le texte :
« Les stipulations d’un marché public peuvent être modifiées par voie d’avenant dans la limite de quinze pourcents de la valeur totale du marché de base. L’avenant ne peut modifier ni la monnaie de règlement ni la formule de révision des prix. La conclusion d’un avenant est soumise à l’autorisation du service chargé du contrôle a priori des marchés publics. »
Les auditeurs demandent des précisions sur la nature exacte des travaux complémentaires justifiant une telle hausse et sur l’autorisation préalable qui devait encadrer la signature. À ce stade, les éléments fournis ne documentent pas l’écart de 50 millions USD avec la granularité requise.
Le contrat prévoit aussi une exploitation de 25 ans du marché par SOGEMA après réouverture, au titre du financement. Pour la Cour, un tel schéma pèse sur les recettes municipales pendant une longue période, sans garantie de rendement optimal pour la Ville. Le volet bancaire ajoute un risque : le financement adossé à SOFIBANQUE obligerait l’Hôtel de Ville à nantir des recettes fiscales pour sécuriser les décaissements en faveur de SOGEMA. Cette priorisation des flux peut contraindre la trésorerie municipale et la liquidité des services publics en cas de tension.
Ces constats heurtent la communication de l’ancien gouverneur Gentiny Ngobila, qui affirmait le 28 avril 2025 que l’infrastructure « a coûté 54 millions USD », serait gérée par SOGEMA pendant 4 ans et demi, avec une clé de répartition des recettes de 20 % pour la Ville durant cette période puis 80 % au-delà. L’audit, lui, retient un coût contractuel porté à 88 millions USD et une délégation de 25 ans.
Le dossier traîne depuis plusieurs années. Les retards tiennent aussi aux litiges de gestion antérieurs, dont l’expulsion en 2020 d’Hasani Mourad (société Safricom), ex-opérateur d’une partie du marché. Malgré la relance annoncée ensuite, la mise en œuvre a accumulé des lenteurs, révélées aujourd’hui par l’audit à travers des écarts contractuels, un montage financier fragile et des hypothèses d’exploitation qui interrogent la recette future de la Ville.
— M. KOSI



