La Chine va supprimer les droits de douane sur les importations venant de presque tous les pays africains à partir du 1er mai, selon une annonce attribuée au président Xi Jinping par les médias d’État. Seul l’Eswatini ne serait pas concerné.
Pékin applique déjà des droits de douane nuls pour les importations en provenance de 33 pays africains. L’an dernier, la Chine avait dit vouloir étendre cette mesure à l’ensemble de ses 53 partenaires diplomatiques sur le continent. L’Eswatini reste à part, car le pays entretient des relations diplomatiques avec Taïwan, que Pékin revendique depuis la séparation politique issue de la guerre civile chinoise, achevée en 1949.
La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique. Elle joue aussi un rôle central dans le financement de grands projets d’infrastructures, notamment via son initiative des « Nouvelles Routes de la Soie ».
Une mesure qui peut aider, mais sans rééquilibrer la relation
L’annonce tombe alors que les dirigeants africains sont réunis à Addis-Abeba (Éthiopie) pour le sommet annuel de l’Union africaine. Xi Jinping a présenté la suppression des droits de douane comme une décision qui « offrira sans aucun doute de nouvelles perspectives au développement de l’Afrique ».
Sur le papier, réduire les droits de douane à zéro peut faciliter l’accès de certains produits africains au marché chinois, car cela baisse le coût à l’entrée. Dit simplement : un produit importé sans taxe arrive moins cher, donc il peut se vendre plus facilement.
Mais pour Philippe Aguignier, spécialiste de l’économie chinoise à l’Inalco, il faut garder la tête froide. Il estime que la décision peut soutenir les exportations africaines, mais que la portée reste limitée au regard du déséquilibre commercial. Il rappelle que l’Afrique affiche un déficit d’environ 100 milliards dans sa relation commerciale avec la Chine et s’interroge sur la capacité de cette mesure à réduire cet écart.
Selon lui, l’effet le plus visible pourrait concerner les exportations africaines de biens manufacturés, car ce sont elles qui bénéficient le plus d’une baisse des droits de douane. Le problème, ajoute-t-il, c’est que ces exportations restent très faibles au départ. Autrement dit, même si la porte s’ouvre davantage, il n’y a pas forcément beaucoup de produits prêts à passer.
Pour les matières premières, la logique est différente. La Chine en achète déjà en grande quantité. La suppression des droits de douane ne change pas le fait que ces achats existent, même si elle peut encourager certains importateurs à se fournir davantage en Afrique plutôt qu’ailleurs. Là aussi, Philippe Aguignier dit douter de l’efficacité réelle de la mesure pour transformer la structure des échanges.
Le contexte international pèse aussi dans cette annonce. Depuis la mise en place de droits de douane élevés à l’échelle mondiale par le président américain Donald Trump l’an dernier, plusieurs pays africains cherchent à consolider ou diversifier leurs partenariats commerciaux, et se tournent davantage vers la Chine et d’autres acteurs.
Autre point souligné par l’expert : dans le cas des exportations africaines vers la Chine, ceux qui paient les droits de douane sont d’abord les importateurs chinois. Si ces taxes disparaissent, ces importateurs dépensent moins, et cela peut se répercuter sur les entreprises et les consommateurs en Chine, qui achètent des matières premières ou d’autres produits à un prix plus bas qu’avant.
Au final, Philippe Aguignier résume la situation de manière directe : identifier des gagnants côté africain n’est pas évident, alors que, dans l’immédiat, la Chine elle-même a de bonnes chances d’en tirer un bénéfice, via des achats moins chers et un signal politique envoyé au reste du monde.
— M. KOSI



