Sur 27 minerais critiques, la Chine domine la production de 15. Elle contrôle 98,7 % de la production mondiale de gallium, 95 % du magnésium, 82,7 % du tungstène, 79,4 % du graphite et 69,2 % des terres rares. Et même quand ces minerais sont extraits ailleurs, en Australie ou au Brésil, 90 % du raffinage des terres rares passe par des installations chinoises. L’Europe, elle, est absente du classement.
Ces chiffres, présentés lors de la DeepTech Week organisée par Bpifrance, illustrent une réalité que les débats sur la transition énergétique évitent souvent d’aborder. Chaque nouvelle norme thermique, chaque obligation de réemploi et chaque réglementation environnementale pousse les industries du bâtiment, de l’automobile et de l’énergie vers des matériaux et des technologies qui dépendent d’un seul fournisseur.
Le magnésium entre dans les alliages de charpente métallique. Le tungstène équipe les outils de coupe et de forage sur les chantiers. Le graphite constitue l’anode des batteries des engins électriques de chantier. Les terres rares motorisent les pompes à chaleur imposées par la réglementation RE2020. La décarbonation du bâtiment, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, repose massivement sur cette chaîne d’approvisionnement concentrée.
Le Critical Raw Materials Act européen existe, mais les mines prennent dix à quinze ans à ouvrir
L’Union européenne a adopté le Critical Raw Materials Act pour réduire cette dépendance. Mais entre un texte voté à Bruxelles et une mine opérationnelle, le délai est de dix à quinze ans. La Chine, elle, a pris trente ans d’avance dans la construction de cette domination.
Pour la RDC, ce constat ouvre une perspective stratégique. Le pays produit plus de 70 % du cobalt mondial et dispose de réserves significatives en coltan, lithium et autres minerais critiques. Dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements loin de la Chine, la RDC se positionne comme un partenaire indispensable, à condition de transformer cette demande en capacité de négociation réelle et en transformation locale plutôt qu’en simple exportation de matières premières brutes.
— Peter MOYI


