Le marché du cuivre a renoué avec une tendance haussière, atteignant ce matin un sommet inédit depuis près de deux semaines. Ce regain s’explique par un double mouvement : l’affaiblissement du dollar américain, en lien avec la trêve annoncée entre Israël et l’Iran, et une pression persistante sur les réserves disponibles à Londres.
À la mi-journée, les contrats à trois mois sur le London Metal Exchange (LME) s’échangeaient à 9.727 dollars la tonne, en progression de 0,3 % sur la séance. Quelques heures plus tôt, ils avaient même touché 9.760,50 dollars, un niveau qui n’avait plus été observé depuis le début du mois. Cette poussée reste modeste mais révélatrice d’une nervosité croissante sur les approvisionnements immédiats.
Depuis février, les stocks de cuivre enregistrés dans les entrepôts du LME ont fondu de 65 %, un recul aussi rapide qu’inquiétant pour les industriels. En parallèle, l’écart de prix entre les livraisons immédiates et celles à trois mois — appelé « backwardation » — a diminué à 249 dollars la tonne, contre 280 dollars la veille. Ce repli ponctuel ne doit pas masquer la tension persistante : ce différentiel reste l’un des plus élevés depuis fin 2021, témoignant d’un marché sous contrainte.
Ce type de déséquilibre entre l’offre et la demande est souvent le signal d’un désalignement entre la capacité logistique des fournisseurs et les besoins des consommateurs. Les analystes de Saxo Bank soulignent que « la réactivité des chaînes d’approvisionnement reste entravée par les aléas géopolitiques et le sous-investissement chronique dans l’extraction ». Une lecture que partagent plusieurs maisons de courtage, qui alertent depuis des mois sur le déficit latent du marché mondial du cuivre.
Le contexte monétaire agit comme un catalyseur. La détente entre Téhéran et Tel-Aviv a entraîné une légère baisse du billet vert, rendant les matières premières, généralement libellées en dollars, plus attractives pour les acheteurs utilisant d’autres devises. Ce phénomène, bien que conjoncturel, renforce la dynamique du cuivre sur les places boursières, notamment à Londres et Shanghai.
À moyen terme, les perspectives restent incertaines. La demande structurelle, alimentée par l’expansion des réseaux électriques, la transition énergétique et l’électromobilité, pousse à la hausse. Mais les experts tempèrent l’enthousiasme. Selon les estimations de l’ICSG (International Copper Study Group), la production minière mondiale n’a progressé que de 2 % en glissement annuel au premier trimestre 2025, un rythme jugé insuffisant pour accompagner la demande croissante.
En RDC, où les exportations de cuivre constituent l’un des piliers de la balance commerciale, cette tendance mondiale pourrait entraîner une hausse des recettes, surtout si les cours se stabilisent durablement au-dessus de 9.700 dollars. Encore faut-il que les opérateurs locaux puissent répondre aux attentes du marché en termes de qualité et de constance d’approvisionnement.
La suite dépendra aussi du comportement des investisseurs institutionnels et des éventuelles décisions politiques sur les quotas, les tarifs douaniers ou les mesures de soutien à la filière. À court terme, le marché reste suspendu à l’évolution des tensions internationales et à l’état des inventaires physiques.
— Peter MOYI


