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Le gaz norvégien, un atout stratégique pour l’Europe

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Par Mitterrand Masamuna, Journaliste économique

Les récentes perturbations survenues au sein du réseau de gazoducs norvégiens et la détérioration de deux câbles de données, immergés au fond de la mer Baltique les 7 et 8 octobre derniers, ont jeté une ombre d’incertitude sur l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Ces incidents suscitent des interrogations quant à leur nature accidentelle ou délibérée, laissant les autorités en quête de réponses. La sécurité de l’approvisionnement énergétique dans la région est désormais au centre des préoccupations, et ce pour de bonnes raisons.

La Norvège, pays voisin de la Finlande, revêt une importance capitale en tant que premier exportateur de gaz naturel de l’Europe. En 2022, la Norvège a exporté plus de 120 milliards de mètres cubes de gaz, principalement via un vaste réseau composé de 22 gazoducs totalisant plus de 8 800 kilomètres. Pour avoir un point de comparaison, l’Union européenne (UE) a consommé 353 milliards de mètres cubes de gaz en 2022, enregistrant une diminution de 13 % par rapport à l’année précédente, tandis que le Royaume-Uni a utilisé 72 milliards de mètres cubes. Les données du Conseil européen révèlent que la source de ce gaz se répartissait entre différentes origines, avec 25,7 % de gaz naturel liquéfié (GNL) provenant du Qatar, des États-Unis et du Nigeria, 24,9 % de gaz norvégien, 24,65 % de gaz russe (à la fois par gazoduc et GNL), 11,6 % d’Algérie, et 13,1 % provenant d’autres sources. Selon les projections, la part du gaz norvégien dans l’approvisionnement européen devrait augmenter pour atteindre 30 % d’ici 2028.

Combien de pipelines alimentent le marché ?

En 2021, la Norvège a acheminé 116,9 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Union européenne et la Grande-Bretagne grâce à un réseau de pipelines opéré par Gassco. Le gaz produit dans les champs d’Alvheim et de Martin Linge est exporté vers la Grande-Bretagne via des pipelines gérés par d’autres opérateurs. Le pipeline SAGE, qui transporte le gaz d’Alvheim, est exploité par Ancala Midstream, tandis que le pipeline FUKA, qui achemine le gaz de Martin Linge, est géré par North Sea Midstream Partners.

Qui bénéficie du gaz norvégien ?

Les pipelines norvégiens sont interconnectés à sept terminaux de réception répartis en Europe. La Grande-Bretagne et l’Allemagne disposent chacun de deux terminaux, tandis que la Belgique, le Danemark et la France en ont chacun un. Le terminal d’Easington, situé sur la côte est de l’Angleterre, reçoit du gaz via le pipeline Langeled, tandis que le terminal de St Fergus, en Écosse, est relié aux pipelines Flags et Vesterled. Les terminaux allemands de Dornum et Emden, situés le long de la côte de la mer du Nord, près de la frontière néerlandaise, sont connectés respectivement aux pipelines Europipe I et II, ainsi qu’au Norpipe. En Belgique, un terminal au port de Zeebrugge est connecté au pipeline Zeepipe, tandis que le gaz transitant par le pipeline Franpipe est réceptionné à un terminal à Dunkerque, en France. Depuis 2022, le terminal de Nybro, sur la côte ouest du Danemark, reçoit du gaz norvégien via le Baltic Pipe, qui traverse le Danemark avant de poursuivre sous la mer jusqu’en Pologne.

Principaux pipelines de la Norvège vers les terminaux en Europe

NomDestinationCapacitéLongueur
EuropipeDornum/Allemagne5,7 mcm/jour620 km
Europipe II*Dornum/Allemagne71,2 mcm/jour658 km
FranpipeDunkerque/France54,2 mcm/jour840 km
LangeledEasington/Grande-Bretagne72,1 mcm/jour523 km
NorpipeEmden/Allemagne44,4 mcm/jour440 km
VesterledSt Fergus/Grande-Bretagne36,9 mcm/jour360 km
ZeepipeZeebrugge/Belgique42,2 mcm/jour814 km
Le Baltic Pipe, avec une capacité de 27,4 mcm/jour, est une dérivation de l’Europipe 2.

La Norvège exporte-t-elle du GNL ?

En sus de ses pipelines, la Norvège opère un terminal de liquéfaction à Hammerfest, également connu sous le nom de Melkoeya. Ce terminal a une capacité de livraison de 6,5 milliards de mètres cubes de GNL par an, représentant environ 5 % des exportations totales de gaz norvégien. Cependant, en 2022, les exportations depuis ce terminal n’ont atteint que 3,7 milliards de mètres cubes, en raison de l’arrêt de l’usine pendant cinq mois à la suite d’un incendie survenu en septembre 2020. Malgré la possibilité d’étendre la portée du gaz norvégien au-delà de l’Europe grâce aux navires-citernes de GNL, presque toutes les exportations sont demeurées orientées vers des destinations européennes au cours de l’année 2022.

Qui sont les principaux acteurs de la production de gaz en Norvège ?

La Norvège a attiré des entreprises internationales majeures, parmi lesquelles Wintershall Dea, TotalEnergies, ConocoPhillips et Shell. Toutefois, le principal acteur demeure Equinor, majoritairement détenu par l’État nor

végien. En 2022, Equinor a produit plus de 45 milliards de mètres cubes de gaz naturel, ce qui représente environ 36 % de la production totale de gaz norvégien. En outre, Equinor agit en tant que revendeur de gaz pour le compte de Petoro, une entreprise entièrement détenue par l’État norvégien, possédant des participations dans des champs offshore, bien que n’exploitant aucun actif directement.

TotalEnergies, une présence majeure en Norvège

La société française TotalEnergies détient des droits dans de nombreux champs pétroliers et gaziers norvégiens, certaines fois en tant qu’opérateur, depuis son entrée sur le marché norvégien en 1965. À la fin de l’année 2022, TotalEnergies détient des participations dans plusieurs champs, notamment :

  • Ekofisk (39,9 %), Eldfisk (39,9 %), Embla (39,9 %), Tor (48,2 %), et Flyndre (6,26 %).
  • Johann Sverdrup (8,44 %).
  • Skirne (40 %) et Atla (40 %), dont TotalEnergies assure l’exploitation, même en fin de vie.
  • Oseberg (14,7 %), dont les installations gèrent également la production d’autres champs, dont Tune (10 %).
  • Islay (5,51 %).
  • Troll (3,69 %) et Kvitebjørn (5 %).
  • Åsgard (7,68 %), Tyrihans (23,15 %), et Kristin (6 %).

Analyse économique par Joelle Kioni, Analyste économique

Dans un contexte où l’approvisionnement en gaz demeure un enjeu essentiel pour l’Europe, la Norvège se positionne comme un pilier incontournable, exportant massivement ce précieux combustible vers un marché en quête de stabilité. La fiabilité de ses infrastructures, la diversification des sources d’approvisionnement, ainsi que les choix stratégiques des acteurs majeurs du secteur sont autant d’éléments qui contribuent à maintenir la Norvège au sommet de la chaîne d’approvisionnement énergétique européenne. L’avenir semble prometteur pour ce pays nordique, dont la part dans l’approvisionnement énergétique de l’UE devrait continuer de croître, renforçant ainsi sa position en tant qu’actif stratégique pour l’Europe.

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