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Luozi s’ouvre à l’exploitation du manganèse avec deux millions de tonnes par an attendues dès 2025

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Le territoire de Luozi, dans la province du Kongo Central, s’apprête à accueillir l’un des plus ambitieux projets miniers récents. La société Asia Mineral Limited (AML), basée au Japon et classée parmi les sept plus grands exportateurs mondiaux de manganèse, va y entamer l’exploration de ce minerai stratégique dès le 21 mai 2025. L’annonce a été faite par le ministre des Mines, Kizito PAKABOMBA, lors du dernier Conseil des ministres.

Le projet, qui s’inscrit dans une logique d’exploitation à grande échelle, table sur une production annuelle de deux millions de tonnes. Ce volume place immédiatement le site dans une catégorie industrielle d’importance, avec des retombées économiques anticipées sur plusieurs plans : emploi local, fiscalité provinciale et infrastructures.

AML n’est pas un nouvel acteur dans le secteur. Avec un portefeuille déjà bien implanté en Asie et en Afrique australe, l’entreprise dispose d’une chaîne intégrée qui couvre l’extraction, le traitement et la distribution. Ce positionnement vertical permet une meilleure rentabilité et une rapidité de mise sur le marché. Le choix du Kongo Central ne doit rien au hasard : la zone est historiquement connue pour la richesse de ses sols, mais peu exploitée pour ce type de minerai.

Le ministre des Mines a précisé que la phase initiale d’exploration, qui débute dans quelques jours, servira à affiner les études géologiques et à calibrer les moyens techniques à mobiliser pour la phase suivante. Les premiers résultats détermineront le rythme de développement de l’exploitation et les volumes qui pourraient être extraits sur le long terme.

Derrière l’annonce, se profile aussi une réflexion plus large sur la transformation locale des minerais. Si AML maîtrise déjà les circuits internationaux de distribution, la question de l’installation d’unités de traitement in situ reste posée. Plusieurs voix, y compris parmi les experts du secteur, insistent sur l’intérêt stratégique pour la RDC de ne plus se limiter à l’exportation brute.

Selon les données du US Geological Survey (2023), la demande mondiale de manganèse continue de croître, tirée notamment par le développement des batteries de nouvelle génération, où ce métal est utilisé comme stabilisant. L’Afrique concentre environ 30 % des réserves mondiales connues, mais moins de 10 % de la transformation y est réalisée. Un déséquilibre que Kinshasa semble vouloir corriger.

Avec ce projet, la RDC mise sur une montée en puissance progressive du secteur minier secondaire, en parallèle aux partenariats internationaux. Reste à voir si les engagements d’AML incluront des clauses de contenu local suffisamment robustes pour garantir des bénéfices partagés au niveau communautaire, notamment à Luozi.

La réussite de cette initiative dépendra aussi de la coordination avec les autorités provinciales et locales, sur les questions foncières, environnementales et logistiques. Dans une région enclavée comme le Kongo Central, les infrastructures de transport joueront un rôle déterminant dans la compétitivité du site. Le débat est donc ouvert sur la modernisation des routes et des voies ferrées nécessaires pour écouler les futures tonnes extraites.

Peter MOYI

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