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M-Pesa Rallonge, la rallonge de cash de Vodacom qui se transforme en piège à dettes et rackette les clients en silence

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Vodacom RDC présente M Pesa comme un outil d’inclusion financière, mais les chiffres racontent autre chose. Entre 10 % de frais prélevés dès le départ, 1 % d’intérêt par jour et 16 % de TVA appliquée sur l’ensemble, le coût réel des avances M Pesa pèse lourd sur des revenus déjà fragiles et échappe encore à un encadrement strict des autorités monétaires.

Une zone grise entre finance et télécoms

Le produit central aujourd’hui est M Pesa Rallonge. En partenariat avec Access Bank, Vodacom permet à un abonné d’obtenir une avance pouvant aller jusqu’à 100 000 CDF, soit environ 50 USD, lorsque son solde ne suffit pas pour terminer une transaction. Sur le papier, l’idée paraît simple, un petit découvert de court terme pour éviter de rater un paiement.

La structure tarifaire change complètement la lecture. Dès que l’avance est accordée, Vodacom prélève un frais de dossier de 10 % du montant emprunté. Sur 10 000 CDF, le client voit donc partir 1 000 CDF immédiatement. À ce coût fixe s’ajoute un intérêt journalier de 1 % du principal ainsi que la TVA de 16 % appliquée sur les frais et les intérêts. En pratique, le premier jour représente déjà un renchérissement d’environ 15 % du montant emprunté.

Sur une semaine, la mécanique devient très lourde. Sept jours d’intérêts à 1 % par jour, ajoutés aux 10 % initiaux, aboutissent à un coût théorique proche de 17 % avant TVA. Une fois la TVA prise en compte, on se rapproche d’une charge de l’ordre de 20 % pour un crédit de quelques jours. En équivalent annuel, si l’on prolonge ce rythme, on atteint plusieurs centaines de pour cent, bien au-delà de ce que la plupart des ménages peuvent supporter sans s’endetter durablement.

Passé un certain délai, autour d’un mois de non remboursement, des pénalités supplémentaires viennent s’ajouter, autour de 10 % selon les grilles connues. La dette gonfle alors non seulement par les intérêts quotidiens, mais aussi par ces amendes, ce qui alimente une véritable spirale d’endettement pour ceux qui ne parviennent pas à régulariser rapidement.

Cette logique ne se limite pas à M Pesa Rallonge. Avec le produit Lona O Defa, lancé avec FINCA en 2019, les clients pouvaient emprunter jusqu’à 50 USD sur 7 jours, au taux de 4,5 % par semaine TVA incluse, prélevé dès le décaissement. Sur une année, reconduire un tel coût conduit à un taux théorique autour de 234 % simple, un niveau typique de micro finance agressive, pas d’un crédit de confort.

Le même schéma se retrouve dans SOS Recharge, l’avance de crédit téléphonique. Un client qui prend 10 000 CDF d’unités voit souvent apparaître à la prochaine recharge un remboursement autour de 11 500 CDF, soit une majoration de l’ordre de 15 %. Que l’on parle de cash, de forfait internet ou de minutes de communication, la logique est identique, monétiser l’urgence avec des frais très élevés sur des montants modestes.

Du point de vue d’un spécialiste de politique monétaire, ces produits créent un segment de crédit parallèle avec des taux effectifs largement déconnectés du cadre bancaire classique. Le risque est double. D’un côté, ils sapent l’objectif d’inclusion financière, car un client mal informé apprend à se méfier de tout service formel. De l’autre, ils alimentent des poches d’endettement invisible pour les autorités, ce que l’on pourrait assimiler à une forme de système bancaire de l’ombre porté par les opérateurs télécoms.

Rallonge

Cette situation est d’autant plus sensible que les ménages congolais subissent déjà l’érosion de leur pouvoir d’achat, liée aux variations du taux de change et à l’inflation sur les biens de base. Un crédit d’appoint facturé plus de 15 % en quelques jours vient aggraver la vulnérabilité financière, surtout lorsque la dépense initiale concerne des besoins essentiels, comme la connexion, le transport ou l’alimentation.

Le problème ne tient pas seulement aux tarifs, mais aussi à la façon dont ils sont présentés. Les campagnes de communication mettent en avant la rapidité et l’accessibilité. Les détails chiffrés sur les frais, les intérêts journaliers, la TVA et les pénalités restent relégués dans des conditions générales rarement lues. Vodacom préfère parler de participation au risque ou de frais de service, ce qui brouille la perception du véritable taux de crédit. Sans information claire, le client ne peut ni comparer avec une offre bancaire, ni mesurer l’impact du retard de remboursement.

Cette opacité s’inscrit dans un paysage plus vaste d’abus tarifaires dans la finance congolaise. Les banques commerciales prélèvent déjà une multitude de commissions sur les comptes et les opérations courantes. Retraits, virements, frais de tenue de compte et prélèvements annuels pèsent fortement sur les petits déposants. Sur des montants faibles, une commission de quelques dollars se traduit par un pourcentage très élevé.

Les services de mobile money eux-mêmes, au delà du crédit, restent coûteux. Les transferts de personne à personne facturés entre 1 et 5 % selon le canal et le montant, les frais de retrait chez les agents, les commissions sur les transferts inter opérateurs, tout cela rogne les revenus de ménages déjà précaires. Dans un pays où une grande partie de la population vit de revenus informels et irréguliers, ces prélèvements répétés finissent par prendre la forme d’un impôt privé sur la pauvreté.

Le cœur du problème se situe dans le vide normatif qui a entouré pendant des années ces services hybrides. Vodacash, qui opère M Pesa, est bien agréée par la Banque centrale du Congo, ce qui place théoriquement l’activité dans le champ de la régulation financière. L’ARPTC supervise de son côté les télécoms. Mais ni la BCC ni l’ARPTC n’ont établi suffisamment tôt des plafonds de taux, des exigences de transparence ou un mode de calcul standardisé du coût total du crédit pour ces produits télécom financiers.

Sous la pression des associations de consommateurs et de la grogne publique, le gouvernement a commencé à réagir. Les réunions entre le ministère de l’Économie, la BCC, l’ARPTC et les mouvements de défense des usagers montrent une prise de conscience, avec des annonces sur des outils de plainte et des projets de suivi des abus. Pour l’instant, il s’agit surtout de signaux. Le véritable test viendra lorsque des décisions concrètes seront prises, par exemple l’obligation d’afficher clairement un taux effectif global, l’instauration de plafonds pour les micro crédits de très court terme et des sanctions en cas de non respect.

Dans un pays où la confiance dans la monnaie et dans le système bancaire reste fragile, laisser se développer des produits d’avance sur mobile avec des coûts réels dépassant plusieurs centaines de pour cent n’est pas neutre. Cela fragilise la crédibilité du cadre monétaire, entretient l’idée que la finance formelle est punitive et pousse certains ménages à se replier vers le cash ou vers des circuits informels tout aussi risqués.

Si les autorités souhaitent faire de la monnaie électronique un pilier de l’inclusion financière, elles devront aligner les pratiques de Vodacom et des autres opérateurs sur des standards proches de ceux imposés aux banques, tant sur les taux que sur l’information fournie au client. À défaut, les promesses d’accès élargi aux services financiers continueront de se traduire, pour beaucoup de Congolais, par une addition salée à la fin du mois.

M. KOSI

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