La République démocratique du Congo veut changer de taille sur le plan énergétique. Le gouvernement vise un passage de 21,5 % à 62 % de la population ayant accès à l’électricité d’ici 2030, soit 60 millions de personnes de plus raccordées en sept ans, pour un coût total estimé à 37,04 milliards USD.
Un plan chiffré pour sortir du déficit énergétique
Aujourd’hui, la RDC fait partie des pays qui comptent le plus de personnes sans électricité au monde. On estime la population entre 92 et 116 millions d’habitants. À peine un Congolais sur cinq dispose d’un accès formel à l’électricité, avec un taux de 21,5 % en 2024, loin derrière la moyenne de l’Afrique subsaharienne, évaluée à 42 %.
Cette moyenne cache un pays à plusieurs vitesses. Kinshasa dépasse les 60 % d’accès. Quelques provinces minières ou côtières, comme le Haut-Katanga ou le Kongo Central, se situent entre 10 % et 30 %. Dans la grande majorité des provinces, 22 sur 26, le taux d’accès reste inférieur à 5 %. Concrètement, des millions de ménages, de petites entreprises, d’écoles et de centres de santé fonctionnent encore à la bougie, au groupe électrogène ou pas du tout.
Ce manque d’électricité pèse sur toute l’économie. Les PME paient cher le carburant des générateurs. Les usines tournent en dessous de leurs capacités. Les investisseurs hésitent à lancer de nouveaux projets industriels. Les services de base, comme la santé ou l’éducation, restent limités dans de nombreuses zones rurales.
Le Compact Énergétique National, présenté dans le cadre de l’initiative Mission 300 – Africa Energy Summit, veut casser ce blocage. Jusqu’ici, le pays gagnait environ 1 point de pourcentage d’accès à l’électricité par an. L’objectif est de multiplier ce rythme par six, pour atteindre une progression de 6 points par an entre 2023 et 2030. Cela représente environ 12 millions de personnes supplémentaires raccordées chaque année, sur la base de connexions électriques directes et vérifiables.

Pour suivre cette ambition, la capacité de production doit changer d’échelle. La puissance installée passerait de 3 067 MW aujourd’hui à 13 576 MW en 2030. La production annuelle grimperait de 15 261 GWh à 65 000 GWh. Autrement dit, plus de quatre fois le niveau actuel. Le pays veut garder un mix très vert, avec 95 % d’énergies renouvelables, essentiellement l’hydroélectricité et le solaire.
Cette montée en puissance a un coût. Le Compact chiffre les besoins à 37,04 milliards USD d’ici 2030. Sur ce montant, 17,31 milliards USD viendront du secteur public et 19,73 milliards USD du secteur privé.
Les ressources seront ventilées sur toute la chaîne électrique. Environ 20,3 milliards USD seront consacrés à la production, notamment les barrages et les grandes centrales solaires. Environ 2,4 milliards USD iront aux lignes de transport à haute tension, indispensables pour acheminer l’électricité sur de longues distances. Près de 4,28 milliards USD serviront à la distribution et aux raccordements du « dernier kilomètre », c’est-à-dire le lien concret entre le réseau et les ménages ou les entreprises.
Le gouvernement prévoit aussi 8,3 milliards USD pour les solutions hors réseau, comme les mini-réseaux solaires et les kits domestiques, ainsi que pour la cuisson propre. Ce volet est décisif pour les zones rurales et périurbaines, où les ménages dépendent encore massivement du bois et du charbon de bois, avec des effets directs sur la santé et la déforestation. Enfin, 600 millions USD sont réservés au renforcement des institutions : régulation, planification, suivi des projets, capacité des administrations.
À plus long terme, un effort additionnel d’environ 20 milliards USD est anticipé à l’horizon 2040 pour consolider les infrastructures et accompagner la croissance de la demande intérieure.
Le rôle du secteur privé est au cœur de cette stratégie. L’État seul ne peut pas financer et gérer un tel programme. Le Compact attend du secteur privé près de 20 milliards USD d’investissements, surtout dans la production, les grands projets solaires (jusqu’à 4 000 MWc via des appels d’offres), les mini-réseaux et une partie des infrastructures de transport et de distribution.
Pour attirer ces capitaux, le gouvernement annonce des réformes précises. Il prévoit de réviser la loi sur l’électricité de 2014 afin de clarifier les droits et devoirs des opérateurs. Il veut mettre en place des contrats d’achat d’électricité stables et « bancables », qui donnent de la visibilité aux investisseurs et aux banques. Il parle aussi de mécanismes de réduction des risques, d’un cadre tarifaire plus lisible au niveau régional et d’un guichet unique pour toutes les autorisations nécessaires à un projet énergétique.
Sur le terrain, l’impact attendu dépasse largement la seule fourniture d’énergie. Un réseau plus fiable et plus étendu peut soutenir la transformation locale des minerais, réduire les coûts de production, encourager la création d’emplois dans les PME, améliorer le fonctionnement des hôpitaux, des écoles et des services d’eau potable. Un meilleur accès à l’électricité peut aussi diminuer les dépenses des ménages en carburant ou en bois, et limiter la pression sur les forêts.
La feuille de route existe, avec des objectifs chiffrés, des montants identifiés et un calendrier précis. Le véritable test commence maintenant : exécution des réformes, mise en œuvre des projets, transparence dans l’utilisation des fonds et capacité de l’État à rassurer les investisseurs dans un secteur longtemps marqué par les retards, les pannes et les promesses non tenues.
— M. KOSI



