À Kinshasa, la question de l’intégrité du secteur minier a occupé le devant de la scène lors de la VIIIᵉ réunion des ministres des Mines de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). L’hôtel Hilton a accueilli une vingtaine de délégations venues examiner, sans détour, les défis d’une région où la richesse du sous-sol nourrit autant les espoirs que les inquiétudes.
Le débat central s’est focalisé sur le renforcement du Mécanisme régional de certification. Loin d’être une formalité, ce dispositif vise à bloquer les circuits illégaux et restaurer la crédibilité des minerais issus des pays membres. « Ce mécanisme représente notre première ligne de défense contre la fraude et un passeport pour accéder aux marchés responsables« , a insisté Kizito Pakabomba, ministre congolais des Mines. Pour beaucoup, la multiplication des circuits parallèles alimente non seulement la criminalité, mais mine aussi les efforts de développement durable. Les récents rapports du Groupe d’experts des Nations Unies rappellent d’ailleurs que plus de 25 % de l’or extrait dans la région échappe chaque année à tout contrôle officiel.
Face à la flambée de la contrebande et à l’insécurité persistante autour des gisements, la RDC a choisi la fermeté : certains sites sont désormais classés « zones rouges » et une enquête régionale a été sollicitée auprès du Secrétariat exécutif de la CIRGL. Il s’agit de vérifier les chaînes d’approvisionnement et d’identifier les complicités qui favorisent les flux illégaux. Trois leviers ont été proposés pour renforcer le système : audits indépendants, appui technique ciblé et mécanismes de sanctions. Une task force régionale verra le jour pour enquêter sur les filières sensibles, tandis qu’un laboratoire régional basé en Tanzanie entrera bientôt en fonction pour garantir la traçabilité des minerais certifiés, du site d’extraction au marché international.
Reste que la bonne volonté ne suffit pas. Si certains États avancent, d’autres peinent à appliquer le MRC avec la même rigueur. D’après le ministre Pakabomba, cette situation fragilise l’ensemble du dispositif et donne du grain à moudre aux trafiquants. Il a ainsi lancé un appel direct à ses homologues pour qu’une réelle solidarité régionale s’installe. « La région des Grands Lacs ne doit plus être synonyme de conflits pour des pierres. Elle a tout pour devenir un espace où l’industrie minière profite d’abord aux populations« , a-t-il martelé.
À la sortie, plusieurs participants confiaient attendre une inflexion politique rapide, condition sine qua non pour enrayer le pillage des ressources. Car au-delà des déclarations, c’est la crédibilité de la région sur les marchés mondiaux qui se joue.
Une histoire de chiffres, d’image, mais aussi de dignité collective.
— M. KOSI


