RDC : 250 millions de dollars de la Banque mondiale pour Inga 3, la société civile alerte sur les risques sociaux

Partager

Le conseil d’administration de la Banque mondiale a validé, le 3 juin, un prêt de 250 millions de dollars destiné à relancer le barrage Inga 3, un chantier aux ambitions colossales mais aux controverses persistantes. Derrière la promesse d’électrifier la République démocratique du Congo (RDC), la décision ravive d’anciennes craintes, autant chez les riverains que dans la société civile.

Sur le papier, Inga 3 devait métamorphoser le paysage énergétique du pays depuis son annonce en 2014. L’investissement total, estimé à 10 milliards de dollars, pourrait voir l’institution de Bretton Woods allouer jusqu’à un milliard de financements. Un projet d’une telle ampleur s’accompagne pourtant de risques tout aussi massifs. Selon les ONG, 30 000 personnes risquent d’être déplacées au profit des installations, tandis que l’impact environnemental soulève de vives inquiétudes. Dans une déclaration publiée le jour même de la décision, plusieurs organisations dénoncent les limites des justifications climatiques : les grands barrages seraient, selon elles, « de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques et sujets à défaillance lors d’événements extrêmes ».

À l’international, la critique s’organise. Pour Josh Klemm, porte-voix d’International Rivers, l’institution retombe dans de vieilles habitudes : « La Banque s’entête dans les méga-barrages imposés d’en haut, qui menacent les communautés et la nature, tout en délaissant les solutions locales, renouvelables et décentralisées. » La voie choisie par la Banque mondiale n’est pas neutre. Plutôt qu’un accès généralisé à l’électricité pour les ménages congolais, la priorité semble donnée à des usages industriels et à l’export, sous le mode du partenariat public-privé.

Sur le terrain, l’incompréhension domine. Emmanuel Musuyu, coordinateur de la coalition CORAP, voit dans le montage du projet un « risque d’aggravation de la dette de la RDC, sans aucune garantie que les populations aient enfin accès à l’électricité ». En réalité, malgré les annonces, le sentiment prévaut que l’électrification rurale et les besoins essentiels pourraient passer au second plan face à la recherche de rentabilité.

Le retour des grands barrages sur l’agenda des bailleurs, dans un contexte mondial marqué par les crises énergétiques et climatiques, interroge. Faut-il privilégier d’immenses infrastructures, parfois déconnectées des réalités locales, ou soutenir les alternatives portées par les territoires ? L’exemple d’Inga 3, ses milliards en jeu et les milliers de vies bouleversées, oblige à repenser la notion même de « transition juste » pour l’Afrique.

En filigrane, la question demeure : à qui profite vraiment Inga 3 ? Si l’histoire des grands projets d’hydroélectricité est jalonnée de promesses non tenues, la RDC, forte de ses ressources et des attentes de sa jeunesse, attend toujours le courant.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une