Minerais critiques, Washington cherche une alternative à la Chine en Afrique, la RDC en première ligne

Partager

La Maison-Blanche organise la semaine prochaine à Washington un premier sommet sur les minerais critiques, avec une ambition claire, réduire la dépendance américaine à des chaînes d’approvisionnement largement structurées par la Chine en Afrique. Le président congolais Félix Tshisekedi est annoncé, alors que Washington et Kinshasa travaillent sur les détails d’un partenariat stratégique sur les minerais.

Des ministres de Guinée, du Kenya et de la Zambie figurent aussi parmi les invités, selon des personnes informées. D’autres confirmations sont attendues dans les prochains jours.

Derrière l’affichage diplomatique, l’enjeu est industriel. Les minerais dits critiques alimentent des secteurs devenus structurants pour l’économie mondiale, batteries de véhicules électriques, centres de données pour l’intelligence artificielle, électronique avancée. Cette dépendance à des intrants stratégiques pousse l’administration Trump à sécuriser l’accès à la ressource, mais aussi à la transformation, là où la Chine a pris une longueur d’avance.

L’annonce du sommet a été faite par le secrétaire d’État Marco Rubio sur X. L’événement s’inscrit dans la continuité d’initiatives lancées sous l’administration Biden, dont la Minerals Security Partnership. Mais, sur le terrain, plusieurs projets avancent peu. « Ces initiatives ont été lancées avec beaucoup d’annonces, mais beaucoup de projets sont aujourd’hui bloqués », observe Zainab Usman, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’Université Columbia.

Le fait que les minerais critiques aient été l’un des rares secteurs épargnés par les droits de douane introduits l’an dernier illustre leur statut particulier. Washington traite ce segment comme un actif stratégique, au même titre que l’énergie ou la défense, parce qu’il conditionne la compétitivité technologique et, à terme, une partie de la croissance industrielle.

Pour les pays africains, la question n’est pas seulement de vendre, mais de capter plus de valeur. Le défi est de sortir d’un modèle centré sur l’exportation de minerais bruts pour financer des capacités locales de traitement et de raffinage. Cette montée en gamme exige des capitaux, des infrastructures et une stabilité sécuritaire, autant de paramètres qui pèsent sur les négociations.

Les États-Unis, de leur côté, explorent des accords capables d’attirer des entreprises américaines vers l’aval, c’est-à-dire les étapes de transformation qui consolident une position durable dans la chaîne. Une approche qui ressemble, en creux, à une lecture américaine des méthodes chinoises, qui a verrouillé une partie des capacités mondiales de traitement.

Tony Carroll, membre du conseil de Mining Indaba, la grande conférence minière attendue le mois prochain au Cap, résume la logique de donnant-donnant qui pourrait s’imposer : « Si les États-Unis veulent un approvisionnement dédié, cela doit s’accompagner de quelque chose, un appui sécuritaire, des infrastructures, ou les deux. C’est là que se jouent les vraies négociations. »

— Peter MOYI

En savoir +

A la Une