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Dette publique : les pays avancés face à des ajustements budgétaires colossaux qu’ils rechignent à engager

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La dette publique de plusieurs grandes économies mondiales suit une trajectoire insoutenable. Si les politiques actuelles sont maintenues, des pays comme les États-Unis, la France, la Belgique et le Royaume-Uni verront leurs ratios d’endettement se détériorer au cours des vingt prochaines années, selon une analyse publiée par les économistes Zsolt Darvas et Jeromin Zettelmeyer du centre de réflexion Bruegel.

Les chiffres sont éloquents. Pour stabiliser sa dette, la France aurait besoin d’un excédent budgétaire primaire de 1,3 % de son PIB, un niveau qu’elle n’a atteint que six fois en cinquante ans. Les États-Unis, eux, doivent consentir un rééquilibrage de 5 % de leur PIB par rapport à leur position de 2024. Cinq pays, dont la France, la Pologne et la Roumanie, font face à des ajustements de cette ampleur. Au total, une grosse dizaine de pays devront rééquilibrer leurs finances à hauteur de plus de 3 % de leur PIB.

Les marchés financiers ont jusqu’ici fait preuve d’indulgence. Mais de récentes turbulences sur les marchés obligataires suggèrent que cette tolérance pourrait s’éroder. Si les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées sur la dette de pays pourtant considérés comme sûrs, le coût du désendettement augmentera mécaniquement, rendant l’ajustement encore plus difficile.

Le vieillissement démographique aggrave l’équation. Dans la plupart des pays avancés, les dépenses de retraites et de santé croissent plus vite que les recettes fiscales, pesant sur une population active en rétrécissement. Les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle pourraient partiellement compenser cette tendance, mais leur calendrier et leur ampleur restent incertains.

La Grèce, l’Irlande et le Portugal comme contre-exemples

Les auteurs pointent trois pays qui ont réussi à inverser une trajectoire désastreuse. Après avoir frôlé l’effondrement lors de la crise de la zone euro en 2010-2012, la Grèce affiche aujourd’hui un excédent primaire de 4 % du PIB. Le Portugal n’a besoin que d’un ajustement marginal de 0,5 %. L’Irlande présente un ratio d’endettement de seulement 39 % du PIB, loin des 122 % américains.

Ces succès ont un point commun : ils n’ont pas résulté d’une volonté politique interne, mais d’une contrainte imposée de l’extérieur par les marchés financiers et par les programmes d’ajustement de l’UE et du FMI. La discipline a été douloureuse, mais elle a fonctionné. Ces trois économies ont affiché des taux de croissance annuelle entre 3,1 % et 4,2 % entre 2022 et 2025, dépassant les 2,6 % des États-Unis.

Pour les auteurs, la meilleure voie de sortie combine des réformes structurelles porteuses de croissance, une refonte des systèmes de retraite et de protection sociale, et une fiscalité réformée pour accroître les recettes sans freiner l’activité. Cette solution est aussi la plus difficile politiquement. Une trajectoire plus probable verrait les gouvernements privilégier la discipline budgétaire sans réforme en profondeur, comme l’Italie l’a fait depuis les années 2010.

Pour la RDC, dont les recettes fiscales ne représentent que 12,5 % du PIB et dont la masse salariale publique dépasse déjà le plafond convenu avec le FMI, ce débat mondial sur la soutenabilité des dettes offre un avertissement utile : les marges de manœuvre se réduisent partout, et les pays qui tardent à réformer paient le prix fort quand les marchés finissent par les y contraindre.

— Joldie KAKESA


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