La République démocratique du Congo (RDC) a appelé mardi les Nations Unies à repenser la gouvernance mondiale des minerais critiques afin que la transition énergétique profite également aux pays producteurs, dénonçant un modèle économique qui cantonne encore l’Afrique au rôle de simple fournisseur de matières premières.
Prenant la parole lors de la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur les minéraux critiques pour la transition énergétique, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a plaidé pour un partage plus équitable de la valeur générée par ces ressources stratégiques, dont la RDC détient une part importante des réserves mondiales.
Premier producteur mondial de cobalt et détenteur d’importants gisements de cuivre, de coltan, de tantale et de lithium, la RDC estime que la transition énergétique mondiale ne pourra être qualifiée de « juste » tant que les pays producteurs resteront confinés à l’extraction des matières premières, sans bénéficier des activités de transformation industrielle.
« Permettez-moi, au nom de la République démocratique du Congo, d’exprimer notre profonde appréciation aux Nations Unies pour avoir placé les minéraux critiques au cœur d’une réflexion véritablement mondiale. La transition énergétique est devenue une nécessité planétaire, mais elle ne sera véritablement juste que si elle transforme également les économies des pays qui en fournissent les fondations. Pendant trop longtemps, les pays producteurs ont été perçus principalement à travers le prisme de l’extraction : les matières premières au Sud ; la transformation, les technologies et l’essentiel de la valeur ajoutée ailleurs », a déclaré la cheffe de la diplomatie congolaise.
A l’en croire, le véritable défi ne réside plus uniquement dans l’approvisionnement des chaînes mondiales en minerais critiques, mais dans la capacité des États producteurs à capter une plus grande part de la valeur créée grâce à ces ressources.
En outre, Thérèse Kayikwamba a réaffirmé l’ambition de la RDC de devenir un centre africain de transformation industrielle des minerais stratégiques, grâce à des investissements dans les infrastructures, l’énergie, la recherche, les compétences et les nouvelles technologies.
« Cette ambition suppose des investissements dans les infrastructures, l’énergie, la recherche, les compétences et les technologies. Elle suppose aussi la formalisation et la modernisation de l’exploitation artisanale, afin que les travailleurs et les communautés locales deviennent pleinement parties prenantes des chaînes de valeur qu’ils rendent possibles. Notre participation récente au Forum d’Abidjan a réaffirmé cette conviction : nous avons besoin d’un partenariat renouvelé, fondé sur la transparence, le renforcement des capacités institutionnelles, une plus grande création de valeur sur le continent africain et une articulation cohérente entre les cadres nationaux, régionaux et multilatéraux », a-t-elle poursuivi.
L’occasion faisant le larron, la ministre d’État a également relié la question des minerais critiques aux défis sécuritaires auxquels fait face la RDC, confrontée depuis plusieurs années aux violences des groupes armés dans sa partie orientale, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23, une accusation relayée par plusieurs rapports des Nations Unies et rejetée par Kigali.
Pour elle, la transition énergétique mondiale ne doit pas reproduire les déséquilibres qui ont longtemps caractérisé l’exploitation des ressources naturelles africaines.
« La transition énergétique mondiale ne doit pas devenir une nouvelle transition extractive. Si elle ne fait que remplacer une forme de dépendance par une autre, elle n’aura pas tenu ses promesses. Hier, sous la présidence de la République démocratique du Congo du Conseil de sécurité, nous avons tenu une réunion selon la formule Arria sur les ressources naturelles et la prévention des conflits. Pour des pays comme le mien, il ne s’agit plus seulement d’une question de développement. L’exploitation illicite affaiblit l’autorité de l’État, érode la souveraineté et peut s’accompagner d’une violation de l’intégrité territoriale. Le cas de Rubaya est frappant. Ses mines représentent environ 15 % de la demande mondiale de tantale », a-t-elle souligné.
Ce plaidoyer intervient alors que Kinshasa multiplie les initiatives diplomatiques pour replacer les ressources naturelles au cœur des discussions internationales sur la paix et le développement. Il s’inscrit également dans le contexte du partenariat stratégique conclu avec les États-Unis sur les minerais critiques et de l’accord de Washington signé entre la RDC et le Rwanda, qui prévoit notamment le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais et la neutralisation des groupes armés opérant dans l’Est.
Eldad B.









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.