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Minéraux critiques : quand la stratégie pèse plus que le sous-sol

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Cette analyse est portée par le Dr Guy KIONI, conseiller stratégique en minéraux critiques et transformation du secteur public, passerelle Royaume-Uni–Afrique, conférencier et panéliste, cité par la BBC, Euronews, Business Insider Africa et le South China Morning Post.

Depuis trente ans, la production de terres rares montre une réalité simple, les pays qui planifient gagnent du terrain. Ceux qui traitent les minerais comme une vraie politique industrielle prennent l’avantage sur ceux qui se contentent d’exporter du brut.

Des minerais rares, au cœur de la puissance technologique

Les terres rares et autres minéraux dits « critiques » entrent dans les téléphones, les éoliennes, les voitures électriques, les panneaux solaires. Sans eux, pas de batteries performantes, pas d’électronique moderne, pas de transition énergétique crédible. Les données de production sur trois décennies racontent donc plus qu’une histoire de mines. Elles expliquent aussi comment certains États ont construit leur influence.

Des pays comme la Chine ont choisi de considérer ces minerais comme des atouts stratégiques. Ils n’ont pas seulement extrait le minerai. Ils ont investi dans les usines qui raffinent, transforment et assemblent les composants utilisés dans les chaînes de valeur technologiques. Petit à petit, ils ont occupé le centre du jeu. D’autres pays, pourtant riches en ressources, sont restés au bord de la route en vendant surtout du brut.

Le monde avance vite vers la neutralité carbone et vers une plus grande autonomie technologique. Dans ce cadre, les pays riches en minerais disposent encore d’une fenêtre de temps, courte mais réelle, pour changer de place. Ils peuvent rester de simples fournisseurs de matières premières. Ou se positionner comme partenaires à part entière de la transition énergétique mondiale.

Cela demande un changement de regard. Il ne s’agit plus seulement d’ouvrir une mine, mais de bâtir tout ce qui vient après, raffinage, transformation locale, fabrication de composants. L’investissement doit viser le « milieu de la chaîne », là où se crée le plus de valeur et où se décide qui dépend de qui.

Une autre évolution passe par la manière de nouer les partenariats. Plutôt que des accords bilatéraux classiques, une coopération à trois pôles peut se mettre en place, l’expertise financière et réglementaire de l’Europe et du Royaume-Uni, les ressources de l’Afrique, les capitaux et l’expérience énergétique du Moyen-Orient. Ensemble, ces régions peuvent cofinancer des industries locales solides, mieux répartir les bénéfices et sécuriser l’approvisionnement mondial.

L’avenir des minéraux critiques reviendra aux pays qui sauront combiner trois éléments, une vision industrielle claire, des pratiques durables et une diplomatie économique active. Le sous-sol compte, mais sans stratégie, il profite surtout aux autres.

— M. KOSI

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