Au 76e Conseil des ministres, la Première ministre Judith Suminwa a demandé une nouvelle évaluation des besoins financiers pour achever des travaux du Programme de développement local de 145 territoires (PDL-145T), selon un compte rendu consulté vendredi par lepoint.cd. Objectif affiché : accélérer en 2026 la livraison d’infrastructures jugées prioritaires, alors que l’exécution du programme connaît un ralentissement.
Dans le document signé par Patrick Muyaya, l’exécutif dit vouloir d’abord “photographier” l’état réel d’avancement du PDL-145T, puis chiffrer ce qu’il manque pour finaliser la deuxième composante du volet 1. Le gouvernement vise aussi le volet 2, qui doit passer par des études de faisabilité avant d’entrer dans le dur. Derrière cette étape technique, il y a une question simple : quels projets sont réalisables rapidement, à quel coût, et avec quels risques sur le terrain.
Sur le plan économique, l’exercice ressemble à une remise à plat budgétaire. Quand un programme ralentit, l’État se retrouve face à un choix : soit il sécurise des financements réguliers pour éviter les arrêts de chantier, soit il accepte des retards qui finissent souvent par renchérir la facture. Ici, la cheffe du gouvernement insiste sur l’“impératif” de mobiliser les fonds nécessaires et surtout de les mettre à disposition de façon suivie, pour que l’exécution ne dépende pas de décaissements irréguliers. Pour les entreprises, c’est un point de trésorerie. Pour les ménages, c’est du concret : une route, un centre de santé ou une école qui reste inachevé, c’est du temps perdu, des coûts de transport plus élevés et des services publics qui n’arrivent pas.
Le compte rendu souligne aussi un enjeu de pilotage. Félix Tshisekedi a exprimé l’ambition d’accélérer l’achèvement des infrastructures prioritaires en 2026. Pour tenir ce cap, la Première ministre demande des mesures de “nettoyage” et de contrôle : assainir les contrats défaillants, revoir les modalités d’exécution, intégrer les contraintes sécuritaires et logistiques, renforcer la gouvernance avec plus de rigueur, de transparence et de redevabilité, puis intensifier les missions de suivi sur le terrain. L’idée est de réduire l’écart entre les rapports administratifs et la réalité des chantiers, surtout dans les zones difficiles d’accès.
Autre signal : la coordination entre administrations. Judith Suminwa charge les ministres concernés, dont le ministre du Plan en collaboration avec les Finances, d’organiser d’ici fin février 2026 des missions conjointes de suivi et d’évaluation, avec les ministères sectoriels. Le but est d’harmoniser les données remontées par les agences d’exécution et par le conseiller spécial du Président en charge du PDL-145T. En clair, le gouvernement veut une base d’information unique pour arbitrer : quels chantiers prioriser, où mettre l’argent, quels contrats corriger.
La logistique, elle, revient au centre du dispositif. La Première ministre instruit plusieurs ministres de mettre à jour la cartographie des routes prioritaires et des voies d’accès nécessaires au PDL-145T. Sur un programme d’infrastructures, ce point pèse directement sur les coûts et les délais : sans accès routier fiable, transporter des matériaux, déployer des équipes et sécuriser les sites devient plus lent et plus cher.
Enfin, l’exécutif met la pression sur les agences d’exécution. Elles doivent transmettre rapidement la liste des entreprises en régie et poursuivre les démarches légales nécessaires. Un rapport détaillé sur les assignations suspendues est attendu pour fin février, afin de permettre aux entreprises de “faire face à la situation” et de faciliter le suivi du programme.
Derrière cette séquence, le message est politique et budgétaire : l’État veut reprendre la main sur un programme très visible, en resserrant le contrôle, en clarifiant les priorités et en cherchant un financement plus stable pour livrer, en 2026, des infrastructures attendues dans les territoires ruraux de la République démocratique du Congo.
— Peter MOYI

