Le gouvernement inscrit 53 781 530 000 CDF dans le Programme d’investissement public 2026–2028 pour le Domaine agro-industriel présidentiel de la N’Sele. Dans le même temps, des agents du site affirment que la ferme avicole est à l’arrêt depuis le 1er janvier 2026, faute de moyens pour faire tourner les activités.
Le détail du Programme d’investissement public montre deux lignes de dépenses d’un même montant. 26 890 765 000 CDF sont prévus pour l’acquisition d’équipements spéciaux censés relancer les activités agricoles, et 26 890 765 000 CDF pour la réhabilitation de la porcherie du domaine.
Ces montants sont programmés sur trois exercices budgétaires, avec une répartition annuelle indiquée dans le document. Autrement dit, il s’agit d’un plan, pas d’un paiement immédiat.
Ce que dit ce type d’investissement sur la politique monétaire, l’enjeu est la trésorerie, pas la ligne sur papier
En économie, une inscription au budget répond à une question simple, l’État veut-il investir. La question suivante est plus dure, l’État peut-il décaisser au bon moment. C’est là que la politique monétaire et la gestion des finances publiques se croisent.
Si les fonds arrivent tard ou par à-coups, une ferme qui dépend d’achats réguliers, aliments, poussins, maintenance, énergie, s’arrête vite. C’est ce que décrivent des agents dans un communiqué relayé par des médias, avec des images de poulaillers vides et d’un abattoir à l’arrêt, et des travailleurs mis en congé sans solde dans l’aviculture, couvoirs, abattoir, élevage.
Dans ce contexte, l’enjeu monétaire n’est pas théorique. Quand l’État finance ses dépenses, il a trois grandes voies, les recettes fiscales, l’emprunt, ou des avances monétaires. Les deux premières limitent en principe la création de monnaie, car elles reposent sur des ressources collectées ou levées sur le marché. La troisième, si elle est utilisée, peut augmenter la quantité de monnaie en circulation et alimenter les tensions sur les prix et le taux de change. Ce mécanisme ne dit pas ce qui se passe ici, il explique pourquoi l’exécution d’un investissement public est scrutée de près dès qu’elle touche à la trésorerie.
Le DAIPN a déjà été au centre d’annonces de relance. En mai 2013, le gouvernement a signé des contrats de réhabilitation avec le groupe israélien LR Group, pour un montant alors présenté autour de 55 millions USD, selon Radio Okapi.
Plus récemment, après une visite présidentielle en 2022, des informations publiques faisaient état d’une capacité de plus de 18 000 poules pondeuses et de deux poulaillers de plus de 9 000 poulets de chair, destinés à alimenter l’abattoir toutes les trois semaines.
Aujourd’hui, le contraste entre l’objectif budgétaire et l’arrêt déclaré par les agents pose une question très concrète, celle de la continuité du financement. Car une ferme industrielle ne se redémarre pas seulement avec une décision. Elle redémarre avec des décaissements réguliers, et avec une chaîne d’approvisionnement qui tient.
— Peter MOYI

