Jean-Pierre Tshimanga reconnaît que les spécifications retenues lors de l’acquisition des bateaux de pêche n’ont pas suffisamment intégré les réalités des eaux congolaises. Cette déclaration intervient alors qu’une expertise présentée au Conseil des ministres en avril avait déjà établi que les huit unités livrées d’Égypte étaient des senneurs, limités à la pêche pélagique jusqu’à environ 200 mètres, et non des chalutiers capables d’exploiter des ressources plus profondes.
Le dossier des bateaux de pêche acquis par l’État congolais change de lecture. Après plusieurs mois consacrés à leur réception et à la préparation de leur mise en service, le ministre de la Pêche et de l’Élevage, Jean-Pierre Tshimanga, reconnaît désormais que les embarcations livrées ne correspondent pas suffisamment aux besoins techniques de la République démocratique du Congo.
Intervenant dans l’émission « Redevabilité », le ministre a expliqué que les documents d’appel d’offres n’avaient pas correctement intégré certaines caractéristiques du pays, notamment les conditions de navigation et la configuration de la façade maritime congolaise. Il estime également que les deux commandes engagées par l’État n’avaient pas suffisamment différencié les catégories de navires nécessaires aux différents espaces de pêche.
Cette difficulté avait déjà été formellement documentée plusieurs mois auparavant. Lors du Conseil des ministres du 24 avril 2026, le Gouvernement avait indiqué avoir passé deux commandes, l’une en Espagne et l’autre en Égypte, portant sur les mêmes catégories de bateaux. Huit unités provenant de la commande égyptienne se trouvaient alors déjà en RDC, soit trois bateaux de 27 mètres et cinq de 8 mètres.
Avant leur exploitation, le ministère avait sollicité une évaluation de leur capacité de navigation et de leur rentabilité économique. Parmi trois entreprises approchées, Mercure Logistics avait accepté de réaliser l’expertise. Sa conclusion introduisait une différence technique déterminante. Les navires étaient classés comme senneurs, conçus pour capturer principalement des espèces pélagiques jusqu’à environ 200 mètres, alors que des chalutiers permettraient, selon le compte rendu gouvernemental, d’exploiter des ressources pouvant se trouver jusqu’à 500 mètres de profondeur.
Des bateaux présentés comme adaptés en 2025, puis réévalués en 2026
La déclaration actuelle du ministre apporte aussi un éclairage nouveau sur les appréciations formulées au moment de la réception de la flotte.
En septembre 2025, après avoir inspecté les huit bateaux à Boma, Jean-Pierre Tshimanga les avait qualifiés de « bons bateaux » devant contribuer à la sécurité alimentaire. Le ministère indiquait alors que les trois unités de 27 mètres étaient destinées à la côte maritime, tandis que les cinq bateaux de 8 mètres devaient opérer sur le fleuve Congo et ses affluents. Lepoint.cd avait documenté cette répartition au moment de l’arrivée des navires.
Six mois plus tard, le dossier soumis au Conseil des ministres faisait apparaître la question de leur catégorie technique. La nouvelle prise de parole du ministre va désormais plus loin en reconnaissant un problème situé dès la définition des besoins et la préparation des appels d’offres.
Cette chronologie déplace le débat. Il ne s’agit plus seulement d’achever des réglages, d’installer des infrastructures frigorifiques ou de déterminer le mode de gestion des navires. La question porte désormais sur l’adéquation entre l’argent public engagé, le cahier des charges et le type de pêche que l’État voulait développer.
Le programme d’acquisition avait pourtant été conçu pour augmenter la production nationale de poisson et réduire les importations. Dès décembre 2021, le ministère de la Pêche avait sollicité une provision de 15 millions USD pour lancer l’acquisition de chalutiers destinés à la côte ainsi que d’unités adaptées aux eaux intérieures. Les marchés attribués en 2023 prévoyaient ensuite plusieurs types de navires pour la côte atlantique, les lacs Albert et Tanganyika, le fleuve Congo et ses affluents.
Le FPI intervient dans la correction du dispositif
Jean-Pierre Tshimanga indique qu’une nouvelle démarche est désormais menée avec l’entreprise ayant fourni les bateaux, avec un accompagnement financier et technique du Fonds de Promotion de l’Industrie. L’objectif est de modifier ou adapter les équipements afin de rendre leur exploitation compatible avec les besoins identifiés par le Gouvernement. Les informations disponibles ne précisent toutefois pas encore le montant de cette intervention, son calendrier ni le coût supplémentaire que les adaptations pourraient représenter pour l’État.
La question est d’autant plus importante que le Gouvernement avait déjà, en avril, approuvé les préalables nécessaires à la mise en service de ces navires après avoir pris connaissance de l’expertise sur leurs caractéristiques.
Une deuxième commande portant sur sept autres bateaux en Espagne fait également partie du programme. Les contrats présentés en 2023 prévoyaient trois unités industrielles de 16 mètres pour la côte et quatre bateaux de 12 mètres destinés aux lacs Albert et Tanganyika. Des sources récentes indiquent que cette commande a été relancée, mais son calendrier définitif de livraison reste à préciser.
Pour le Trésor comme pour la politique de sécurité alimentaire, le prochain indicateur sera désormais très concret. Il faudra connaître le coût des adaptations des huit bateaux déjà livrés, la répartition de ce coût entre l’État, le FPI et le fournisseur, le calendrier de leur mise en exploitation et leur capacité réelle de capture une fois les travaux terminés.
C’est à partir de ces éléments que pourra être évalué le coût économique d’une erreur de spécification que le ministre situe aujourd’hui en amont, au moment même où les besoins techniques de la flotte ont été définis.
J. KAKESA









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