La République démocratique du Congo s’impose comme un partenaire de plus en plus sollicité par les grandes économies en quête de ressources stratégiques. À Paris, lors d’une rencontre officielle au ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, la France a réaffirmé son objectif : garantir l’accès aux minerais indispensables à la fabrication de batteries, de véhicules électriques et de composants électroniques, alors que la demande mondiale ne cesse d’augmenter.
Les échanges ont rassemblé des responsables de haut niveau, dont Christophe Poinssot, directeur général adjoint du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), Adrien Massebieau, directeur du Trésor, et Benjamin Gallezot, coordinateur interministériel chargé des minerais stratégiques. La France cherche à renforcer la coopération technique avec la RDC, notamment via la cartographie précise des ressources, la certification des sites d’extraction et l’accompagnement vers des pratiques répondant aux standards internationaux, y compris environnementaux.
Avec près de 70 % de la production mondiale de cobalt et des réserves considérables de cuivre, lithium et or, la RDC est incontournable pour tout acteur industriel européen engagé dans la transition énergétique. Les chiffres sont éloquents : en 2024, la production congolaise de cobalt a atteint environ 130 000 tonnes, un volume qui place le pays loin devant ses concurrents sur le continent africain et même au niveau mondial, selon la Banque mondiale. L’Union européenne importe actuellement plus de 60 % de ses besoins en cobalt de RDC, et plus de 97 % des terres rares proviennent encore de Chine, ce qui explique la volonté de Paris de diversifier ses sources et d’anticiper les risques liés à la volatilité géopolitique.
Au-delà de l’accès aux matières premières, les autorités françaises souhaitent contribuer au développement local en soutenant la transformation sur place. Ce choix technique vise à augmenter la valeur ajoutée pour l’économie congolaise et à réduire la dépendance vis-à-vis des exportations de minerais bruts. La France propose de mettre à disposition son expertise en ingénierie, en gestion durable des ressources et en certification, éléments qui pourraient permettre à la RDC de mieux valoriser ses richesses et d’accéder à des marchés exigeants sur les critères ESG.
Pour Paris, il ne s’agit pas simplement de sécuriser des volumes mais d’accompagner la structuration d’un secteur minier plus transparent et attractif pour les investisseurs internationaux. Le BRGM, reconnu pour sa compétence scientifique, pourrait fournir à la RDC des outils technologiques avancés pour la cartographie, la surveillance environnementale et la traçabilité des flux, ce qui renforcerait la crédibilité du pays auprès des grandes places financières.
Ce rapprochement intervient alors que la compétition mondiale autour des minerais critiques s’intensifie : les États-Unis, l’Union européenne et la Chine cherchent tous à nouer des accords stables avec des pays fournisseurs, afin de garantir la continuité des chaînes de production dans les secteurs de haute technologie. Le partenariat franco-congolais, s’il se concrétise, permettrait à la France de mieux résister à la pression des marchés, tout en répondant aux exigences de la transition verte.
La RDC, quant à elle, doit poursuivre l’effort de modernisation de ses institutions minières pour éviter la fuite des revenus, lutter contre l’exploitation illicite et sécuriser davantage ses recettes publiques. La dimension technique de la coopération engagée avec la France peut offrir un levier efficace à condition de respecter les meilleures pratiques internationales et de veiller à ce que les retombées profitent au développement local.
— M. KOSI


