Le lien direct entre le rond-point Ngaba et l’Université de Kinshasa s’est effondré. L’avenue de l’Université, artère capitale pour les étudiants, enseignants et habitants de Righini, s’est transformée en gouffre béant après les fortes pluies de la semaine dernière. À l’intersection des avenues Beni et Parc Virunga, la chaussée a littéralement disparu, rendant impossible tout passage pour les véhicules à quatre roues.
À présent, seules les motos continuent d’emprunter les abords du ravin, au prix de manœuvres périlleuses. La chaussée fissurée, fragilisée par l’eau et un sous-sol sablonneux, menace de s’affaisser davantage. Jérôme, motard de la zone, décrit le quotidien : « On joue avec nos vies. Mais si on évite ce chemin, comment on mange ? Comment les étudiants vont à l’université ? »
Ce segment routier n’est pas un simple passage urbain. Il conditionne l’accès à l’UNIKIN pour des milliers d’étudiants. Avec les bus et taxi-bus écartés du circuit, la demande pour les motos explose. Les tarifs aussi. « Avant, c’était 1 000 francs. Maintenant, c’est 2 000 voire 2 500. Et les chauffeurs n’acceptent plus de négocier », se plaint Rebecca, étudiante en Droit.

La situation pénalise directement la fréquentation des cours, en particulier en période d’examens. Certains étudiants songent à abandonner temporairement les bancs faute de solution de transport. « On a l’impression d’être oubliés », glisse un étudiant en Sciences économiques.
Et pendant ce temps, rien ne bouge. Aucun signal de travaux, aucune présence des autorités. Le site est laissé à lui-même. À Kinshasa, capitale de près de 15 millions d’habitants, la gestion des urgences infrastructurelles semble à nouveau prise de court. Pourtant, les habitants ne cessent d’alerter : « Nous avons besoin que le gouverneur vienne voir par lui-même. Ce n’est pas un dossier à classer. C’est une menace immédiate pour la vie humaine », insiste un résident du quartier Righini.
Le tableau est d’autant plus inquiétant que la saison des pluies n’est pas terminée. Le risque est simple : l’érosion s’aggrave, s’étend, et les habitations voisines basculent à leur tour. D’après un ingénieur civil contacté sur place, « le sous-sol de cette zone est trop instable. Si des mesures de stabilisation ne sont pas prises immédiatement, le cratère pourrait doubler de volume en quelques jours. »
La scène de l’avenue Université à Righini illustre une problématique plus large : l’effondrement progressif du réseau routier urbain en l’absence de planification et d’entretien. En 2023, selon le rapport de la Banque mondiale sur les infrastructures en milieu urbain, moins de 35 % des routes de Kinshasa sont considérées comme praticables toute l’année. Ce chiffre, déjà alarmant, pourrait encore baisser si les interventions d’urgence ne sont pas enclenchées.
Il ne s’agit plus seulement de réhabiliter un tronçon. Il faut repenser l’entretien urbain. Dans une ville dont l’économie repose sur la mobilité informelle — taxis, motos, petits commerces — chaque route effondrée ralentit l’ensemble de la machine. Et ce sont les plus vulnérables qui en paient le prix.
Kinshasa ne peut pas se permettre de perdre encore des routes. Pas quand elles desservent des centres universitaires. Pas quand elles garantissent l’accès aux soins, à l’emploi, à l’information. Et certainement pas quand elles s’effondrent sous le regard passif des autorités.
— Peter MOYI


